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GAZAL démasque le beau parleur de « This Man Is a Preacher »

GAZAL démasque le beau parleur de « This Man Is a Preacher »
  • Publishednovembre 3, 2026

L’excuse est impeccable, c’est justement ce qui la rend suspecte. Sur « This Man Is a Preacher », GAZAL fait de la pop avec le moment où l’on reconnaît enfin le discours qu’on nous ressert.

Il s’excuse très bien. Au début, c’est même rassurant. Puis vient cette impression désagréable d’avoir déjà entendu la phrase, au même endroit de la conversation, avec le même soin apporté à la chute. « This Man Is a Preacher » commence pour moi à cette seconde précise, quand on cesse de peser les mots pour remarquer à quel point celui qui les prononce les connaît par cœur. GAZAL a trouvé un sujet pop assez cruel dans cet instant de lucidité. Une excuse peut avoir l’efficacité d’un refrain. On la reconnaît, on pourrait la reprendre, et c’est peut-être pour ça qu’on a mis si longtemps à se demander ce qu’elle changeait.

Le mot preacher fait beaucoup de travail. Il donne à une scène privée les dimensions d’un numéro public. Le type qui devrait répondre de ses actes reprend la parole avec l’aplomb de quelqu’un qui croit encore pouvoir expliquer à son auditoire ce qu’il vient de vivre. L’artiste libano-australienne, installée à Sydney, a grandi entre musique classique, comédies musicales et chansons attrapées au supermarché. J’aime retrouver dans ce parcours de quoi éclairer son sens du personnage. Un mot suffit ici à faire entrer le bonhomme en scène, à lui donner sa posture et, déjà, à rendre son autorité un peu ridicule.

Le terrain électro-pop, aux affinités hyperpop, donne à cette satire une arme de choix. La pop sait rendre une formule si familière qu’on l’anticipe avant même de l’avoir entendue jusqu’au bout. Rapportée à une excuse de couple, cette qualité devient franchement comique. On attend la suite comme on attendrait la résolution d’une mélodie, avec le soupçon de pouvoir la fournir soi-même. C’est le rapport qui m’intéresse le plus entre la musique et le sujet. L’accroche fait éprouver le charme d’un discours bien rodé au moment même où l’écriture en démonte le pouvoir.

Sur « HOW DO WOMEN FLY? », cette ironie gagne en relief au contact des autres chansons. « Onion » trouve le ridicule du mansplaining dans un geste de cuisine. « Pick Up Truck » laisse remonter le chagrin qui a déclenché l’écriture du projet. Savoir reconnaître le numéro de quelqu’un et souffrir encore de son départ peuvent très bien arriver à la même personne. GAZAL donne à ces deux expériences chacune leur chanson. Sur « This Man Is a Preacher », elle s’accorde le plaisir précis de savoir où le discours va finir. Et, cette fois, elle peut quitter la pièce avant la chute.

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Written By
Extravafrench

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