Le maquillage a survécu à la fête. Sur « Makeup », Blu DeTiger fait du lendemain de club un boogie trouble où la basse garde son aplomb quand le reflet commence à douter.
Le miroir de la salle de bains arrive beaucoup trop tôt dans l’histoire. Le maquillage est encore celui de la veille, la lumière a changé, et l’on cherche sur son propre visage ce qui paraissait si évident quelques heures plus tôt. Blu DeTiger situe « Makeup » dans cet entre-deux. La bassiste, chanteuse et DJ née et élevée à New York s’intéresse à ce qui reste d’un personnage quand la nuit qui l’a rendu possible se termine. Son idée la plus maligne consiste à laisser tourner le groove. Même au réveil, le morceau a encore les hanches de la veille.
Basse, batterie, voix parlée. Ce dépouillement dit quelque chose de précis sur ce que DeTiger va chercher chez ESG et dans la culture dance du downtown new-yorkais. La basse peut y porter un motif qu’on reconnaît immédiatement et prendre en charge une bonne partie du mouvement. La batterie lui donne des points de friction. Entre les deux, la voix dispose d’assez de place pour parler à son allure, avec cette désinvolture qui rend une pensée d’autant plus troublante qu’elle semble lâchée en passant. J’aime que l’arrangement laisse si peu d’endroits où cacher le doute. La voix peut garder son air détaché, on entend très bien ce qui l’occupe.
La répétition donne à cette nuit sa drôle de durée. D’un lieu à l’autre, on cherche encore la sensation qui ferait de la soirée autre chose qu’une suite d’adresses. À force de revenir, la même idée prend des airs de rituel. Le funk minimal de « Makeup » convient à cette obstination. Il permet de retrouver le même appui rythmique alors que la pensée, à chaque tour, s’aventure un peu plus loin. C’est là que le morceau me touche. La nostalgie vise une version de soi dont on ignore si elle a jamais existé. Elle a pourtant laissé assez de traces pour qu’on ait envie de la revoir.
DeTiger a longtemps joué de la basse en direct par-dessus ses sets de DJ, notamment dans des raves techno à Brooklyn. « Makeup » ramène cette expérience à une échelle presque domestique. Quelques éléments suffisent pour que la fête reste perceptible dans une pièce où l’on est désormais seul. On ouvre le robinet, on rapproche son visage du miroir. La basse connaît encore le chemin du retour.
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