« Ahhhhh!!! Melody Please! » de Joe Pickering a le charme inquiétant d’un signal de détresse qu’on finit par avoir envie de fredonner.
Trois points d’exclamation pour le cri, un seul pour la formule de politesse. Joe Pickering a déjà distribué les rôles avant même qu’on lance son premier single. Quelque chose déborde, quelqu’un essaie encore de parler correctement. On pourrait lire le titre comme une consigne de studio lancée à bout de nerfs. Donnez-nous une mélodie, vite, qu’on puisse faire quelque chose de tout ça. Ce mélange de panique et de tenue donne une drôle d’élégance à une chanson sur les amours auxquelles on revient en connaissant très bien leurs effets secondaires.
Écrit sur un ordinateur portable alors que Pickering vivait en Australie, puis masterisé au Royaume-Uni, le titre travaille la pop alternative du côté de l’atmosphère. Ce qui nous intéresse, c’est la place qu’y prend l’idée même de mélodie. Elle peut fixer un souvenir avec une précision agaçante. On oublie ce qu’on faisait en découvrant une chanson, et des semaines plus tard, une inflexion suffit à nous rendre l’humeur exacte de cette journée. « Ahhhhh!!! Melody Please! » rapproche ce réflexe de l’attachement amoureux. La séduction tient aussi à cette facilité avec laquelle on retrouve le chemin de ce qui nous a déjà troublés.
Le clip emprunte à l’horreur et à la science-fiction. Bonne intuition pour donner un corps à cette histoire. Le cinéma d’horreur sait faire d’un retour un événement. Un bruit familier, entendu une deuxième fois, suffit à changer les dimensions d’une pièce. La pop compte elle aussi sur notre mémoire immédiate, et c’est là que le rapprochement devient réjouissant. On attend qu’un motif revienne parce qu’on l’aime. On peut redouter son retour pour la même raison. La noirceur du morceau prend du relief dans cette attente, bien au-delà du simple plaisir de faire peur.
Reste le mot poli, ce please qui nous amuse plus que tout le vacarme typographique autour de lui. Même au bord de la catastrophe, quelqu’un tient à formuler sa demande comme il faut. On imagine le générique du clip défiler, la pièce redevenir tout à fait ordinaire. Puis, en allant éteindre la lumière, on se surprend à fredonner.
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