« They Just Talk About It » de Larry Coleman 2020 prend la vantardise du rap à son propre jeu. À force de réclamer des preuves, le MC finit par mettre son propre couplet à l’épreuve.
La phrase la plus dangereuse à prononcer au micro est peut-être la plus banale. Montre un peu. Aussitôt, on attend de celui qui l’a lancée qu’il fasse mieux. Larry Coleman 2020 s’expose à ce retour de bâton dès le titre de « They Just Talk About It », premier single de The Mad Hatter. Les autres parlent, lui a du travail à montrer. Très bien. On rapproche la chaise.
Élevé à Detroit et installé à Las Vegas, Coleman a construit son parcours indépendant entre plusieurs scènes américaines. Il a tourné en Californie du Nord avec Keak Da Sneak et Mac Mall, puis retrouvé un fil de Detroit jusque dans sa série Hunger Games, où figure T3 de Slum Village. Ces allers-retours comptent davantage que le pedigree. Ils donnent un peu de vécu à ce mot, hustle, que le rap a tellement fait circuler qu’il peut finir par sonner comme un slogan de salle de sport. Chez Coleman, on peut le ramener à des choses moins photogéniques. Un trajet entre deux dates, un disque à faire circuler, une salle où chaque personne présente compte.
L’ancrage old school du morceau donne à cette histoire une forme assez juste. Sur un beat, la preuve se joue à l’échelle de la mesure. Où pose-t-on le poids d’une phrase ? Combien de temps peut-on la laisser courir avant que sa chute perde de sa force ? On aime aborder « They Just Talk About It » par ces questions, parce qu’elles donnent un sens musical à l’assurance du titre. La mesure offre une unité commune, presque une règle graduée. Le phrasé décide ensuite de ce qu’on peut y faire tenir. Dans ce cadre, le calme peut avoir autant de poids que l’emphase. Laisser à une idée le temps d’arriver demande une certaine confiance quand tout le monde est prêt à juger dès les premières secondes.
Le nom The Mad Hatter promet un personnage plus extravagant que ce premier geste, qui a la simplicité d’un défi lancé à hauteur d’homme. On imagine Coleman au milieu d’une pièce où chacun vient d’expliquer ce qu’il compte faire. Il attend son tour. Au moment où on lui tend le micro, on s’aperçoit qu’il avait déjà commencé à compter les mesures.
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