« Cornerstone » donne au retour une adresse qu’aucune carte ne peut fixer. Kabusa Oriental Choir la dessine à plusieurs voix, sur les basses mobiles de l’amapiano.
Le mot cornerstone désigne la pierre sur laquelle on commence à bâtir. Kabusa Oriental Choir choisit ce titre pour s’adresser à celles et ceux qui vivent loin de chez eux. La nuance me plaît. Une chanson sur le mal du pays pourrait passer son temps à regarder derrière elle. Celle-ci pose une question qui concerne aussi le lendemain. Où poser la première pierre quand on ne sait plus très bien quel endroit appeler chez soi ? Le chœur nigérian, originaire du Territoire de la capitale fédérale, avance une réponse à sa manière, en donnant à cette inquiétude un rythme qu’on peut partager.
La rencontre entre le chant d’ensemble en igbo et les log drums de l’amapiano est le cœur du morceau. Ces graves ont une particularité qui compte ici. Leur attaque frappe comme une percussion et leur hauteur permet de dessiner une ligne. Ils peuvent donc déplacer les appuis tout en participant à la mélodie. Face à eux, les voix ont la force d’une présence collective. L’arrangement met en relation deux manières de tenir ensemble. Le chœur le fait par le souffle et le phrasé. Le grave, lui, donne à cette entente assez de jeu pour qu’elle se transmette aux jambes. On comprend comment le morceau peut porter le souvenir d’un lieu et rester disponible à ce qui se passe sur la piste.
Fondé par le chef de chœur Austin Chinemezu Nwamara, Kabusa Oriental Choir s’est d’abord fait connaître en réarrangeant des chansons populaires, notamment en rapprochant « Yeba » de Kizz Daniel et « Baba » de DJ Spinall. Cette pratique éclaire ce que le groupe accomplit sur « Cornerstone », paru chez Snafu Records. Transformer une chanson pour plusieurs voix, c’est redistribuer la parole et changer la taille de l’histoire. Ici, le passage entre l’igbo et l’anglais donne à cette adresse plusieurs degrés de proximité. Une langue peut réveiller une familiarité très précise. L’autre permet à l’invitation de circuler plus loin.
La scène à laquelle je pense se passe au milieu d’une fête, loin de l’endroit où l’on a grandi. Quelqu’un reconnaît une langue à quelques mètres et se retourne avant même d’avoir compris la phrase. Puis la basse reprend ses détours et l’on se retrouve à danser avec des gens dont on ignore d’où ils viennent. Le temps d’un morceau, on sait très bien où l’on est.
Pour découvrir plus de nouveautés Afro, Dancehall & Shatta, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAFRO ci-dessous :
