Le flirt change de gravité sur « Nature ». Naomi Rogue laisse la confiance s’installer au rythme de son afro-pop, jusqu’à faire de l’attachement une forme de gratitude.
La première fois qu’on s’inquiète de savoir si quelqu’un est bien rentré, on peut encore mettre ça sur le compte de la politesse. À la troisième, l’explication commence à manquer de tenue. « Nature » me fait penser à ces preuves minuscules qui s’accumulent avant qu’on accepte d’en tirer une conclusion. Naomi Rogue s’intéresse à ce qui arrive quand une attirance qu’on croyait passagère commence à régler le cours d’une journée. Quelqu’un nous plaît toujours autant. Entre-temps, on s’est mis à lui faire confiance.
La présence de Jah élargit cette histoire au-delà du tête-à-tête. Elle introduit une façon de penser l’amour qui passe par la reconnaissance, au double sens du mot. On reconnaît ce qu’une personne est en train de devenir pour nous, et l’on se découvre reconnaissant de la place qu’elle a prise. Cette dimension spirituelle trouve un écho dans le parcours de Rogue. Elle a commencé à chanter dans une chorale d’église et se souvient de matins où les disques de sa mère et de ses oncles faisaient voisiner Don Moen, Lucky Dube, Dolly Parton et P-Square. La foi et la musique populaire partageaient déjà la même pièce. Sur « Nature », elles peuvent se retrouver dans une chanson de désir sans que la rencontre paraisse forcée.
Le choix de l’afro-fusion me plaît surtout pour le rapport au temps qu’il ouvre. Le rebond donne à la chanson de l’élan, tandis que son humeur détendue laisse à l’intimité le temps de s’installer. On peut sentir ces deux vitesses à la fois. Le corps comprend assez vite qu’il a envie de suivre. Le sentiment demande quelques mesures de plus. Pour raconter une relation qui mûrit sans ultimatum, cette différence d’allure vaut beaucoup. Le groove entretient le mouvement pendant que le récit laisse la certitude se former à son propre rythme.
Je reviens à cette histoire de retour à la maison. Au début, on voulait simplement savoir si l’autre était bien arrivé. Puis on s’aperçoit qu’on aurait aimé faire un bout de chemin de plus avec lui. « Nature » tient dans la douceur de cette découverte, quand le trajet familier semble tout à coup un peu court.
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