Le passé rave revient par saccades sur « Overdrive », où PØSTERCHILD donne à l’euphorie des allures de court-circuit.
La syllabe voudrait finir sa course. La stutter house a précisément le mauvais goût de l’en empêcher. Elle coupe, répète, relance, jusqu’à faire d’un bout de voix un événement rythmique. C’est par cette idée que j’aime entrer dans « Overdrive ». Le titre annonce un régime moteur, et la rencontre entre hyperpop et musique de club suggère une façon assez maligne de l’atteindre. L’impression de vitesse peut naître de ce qui se passe entre deux temps. Plus les événements s’y pressent, plus on a l’impression que la musique nous arrive dessus, alors même qu’on pourrait continuer de battre la mesure à la même allure.
Taylor Mapes, alias PØSTERCHILD, vient d’Anchorage, en Alaska. Le DJ et producteur américain puise dans la house, la trance et la techno des années 90 et du début des années 2000. Ce qui me plaît dans ce bagage, c’est le désaccord fertile entre deux façons de faire monter l’euphorie. La trance sait étirer une attente jusqu’à ce que sa résolution prenne les dimensions d’un événement. L’hyperpop aime concentrer l’excitation, faire tenir beaucoup d’informations dans un espace minuscule. « Overdrive » place ces deux sensibilités dans le même champ. On peut vouloir que la nuit dure et avoir envie que tout arrive à la fois.
La découpe vocale donne un relief particulier à ce rapprochement. Plus on fragmente une voix, plus on devient attentif à des détails qu’une phrase entière ferait passer au second plan. L’attaque d’une consonne, l’élan d’une voyelle, la façon dont un son s’interrompt et nous laisse en réclamer la suite. Le plaisir est presque enfantin. On sait qu’on nous fait attendre pour une fraction de seconde et on tombe quand même dans le panneau. Dans une musique aussi franchement joyeuse, cette petite frustration peut faire partie de la fête.
Je pense à ces gens qui dansent déjà pendant qu’ils cherchent encore leurs amis dans la foule. Le haut du corps hésite, la tête tourne, les pieds ont pris leur décision. « Overdrive » trouve sa place dans ce léger désordre. PØSTERCHILD y fait cohabiter le goût des longues nuits rave et l’impatience d’une pop qui voudrait tout donner maintenant. On finit par retrouver ses amis. On a déjà commencé à danser.
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