Les célébrités filent vers Mars et les étoiles sont en papier. Sur « Movie Stars », les Wallners opposent au vacarme du monde une dream pop qui prend le temps de lever les yeux.
Pour envoyer une vedette sur Mars, on peut dépenser une fortune. Pour fabriquer une planète, Rupert Höller et les Wallners ont choisi de peindre des toiles et de tourner en 16 mm. J’aime ce sens des proportions. Le clip de « Movie Stars » prend au pied de la lettre une idée qui traverse la chanson. Entre deux nouvelles qui chassent la précédente, voilà qu’une célébrité décolle vers l’espace, et que l’événement paraît presque banal. La fratrie viennoise regarde ce drôle de spectacle avec assez de tendresse pour se demander ce qu’on voit encore quand on lève les yeux pour son propre compte.
La voix grave et douce d’Anna donne à la chanson son premier plan. Les guitares l’entourent d’une chaleur qui permet de mesurer l’ouverture progressive de l’arrangement. Plus le champ s’élargit, plus cette voix garde quelque chose de proche. C’est le détail que je préfère dans « Movie Stars ». L’apesanteur se construit par degrés et l’on peut suivre ce changement d’échelle depuis un point qui reste familier. Quelque part entre l’intimité de Mazzy Star et l’imaginaire spatial de Daft Punk, les Wallners trouvent la distance à laquelle filmer leur propre rêverie.
Pendant la fabrication du morceau, les quatre frères et sœurs ont retrouvé de vieux micros des années soixante dans leur cave. L’anecdote va bien à des musiciens qui ont commencé à écrire et à produire ensemble dans le grenier familial, à Vienne, en Autriche. Leur goût du cinéma avait déjà trouvé un écho chez Christian Petzold, qui a choisi « In My Mind » pour Afire. Ici, le cinéma entre par une autre porte. Les astres du clip ont été fabriqués à la main, avec des décors peints et des étoiles découpées. La pellicule donne à ce petit univers la texture des choses qu’on pourrait toucher.
Après « End Of Circles », « Movie Stars » amorce le chemin vers leur deuxième album. On pourrait retenir de ce retour son goût des grands espaces. Ce qui me reste, c’est la douceur avec laquelle le morceau nous y conduit, depuis une voix et quelques guitares jusqu’à un ciel assez vaste pour que les nouvelles du jour y rapetissent. Puis on repense aux étoiles du clip. Quelqu’un a dû les découper une par une.
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