« In Love » donne à l’euphorie amoureuse le chic d’un pas improvisé. Mayn Maesby y fait dialoguer l’afropop et sa fascination pour le groove de Michael Jackson.
Michael Jackson est un drôle de repère pour une déclaration d’amour. Pensez à sa façon de faire d’une respiration un accent, de donner à un mot aussi bref qu’un claquement de doigts le pouvoir de relancer une mesure. C’est par ce détail que j’ai envie d’aborder « In Love ». Mayn Maesby revendique cette école du groove pour un morceau d’afropop dont le titre annonce ses sentiments avec une franchise presque désarmante. Deux mots suffisent à dire où l’on en est. Le rythme se charge de tout ce que le corps révèle en plus.
Né et élevé aux Pays-Bas, Mayn Maesby a grandi au contact de cultures différentes et traite son répertoire comme une playlist dont il peut changer l’ordre à tout moment. Le R&B lui donne un vocabulaire mélodique, l’afroswing un goût des appuis mobiles, le hip-hop une attention à la cadence des mots. Sur « In Love », paru sous la bannière New Gen Society, ces affinités éclairent une même préoccupation. Comment conserver la spontanéité d’un sentiment dans une musique qui demande une grande précision de placement ? Une phrase peut sembler lâchée sur le vif et tenir tout son charme à la fraction de temps qu’elle laisse avant de repartir.
C’est ce qui me plaît dans le rapprochement avec Jackson. Le groove a cette capacité à rendre quelqu’un à la fois plus sûr de lui et un peu moins maître de ses gestes. On s’imagine entrer dans une pièce avec toute la contenance nécessaire. Puis la musique passe et l’on découvre que son épaule a déjà donné le change. L’afropop de Mayn Maesby trouve là un terrain particulièrement heureux. Elle peut traiter l’amour comme un surplus d’énergie, quelque chose qui modifie l’allure d’une journée et donne soudain de l’intérêt au trajet le plus banal.
La foi, les épreuves et la possibilité d’en tirer quelque chose de positif traversent l’écriture de Maesby. « In Love » permet d’envisager le versant le plus léger de cette disposition. Le bonheur a lui aussi ses manifestations indiscrètes. On descend acheter du pain, on attend au feu, on remarque qu’on bat la mesure alors que le morceau est fini depuis deux rues. Quelqu’un nous regarde. Tant pis.
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