nfm sur « the lost art of letting go » : l’intime mis à nu, le son comme exutoire
Parfois, la musique n’est pas une quête de perfection mais un besoin de libération. the lost art of letting go de nfm n’est pas un disque poli à la perfection, c’est un cœur qu’on ouvre en grand, un souffle long et profond après avoir retenu sa respiration trop longtemps. Il y a quelque chose de brut, d’honnête et d’essentiel dans ce premier EP : on y sent le poids des années, des souvenirs figés qu’il fallait enfin laisser s’évaporer. Comme une boîte de lettres jamais envoyées qu’on décide finalement de brûler au petit matin.
Chaque morceau est une pièce du puzzle émotionnel que nfm assemble avec sincérité. Vitals est une pulsation, une ode au souffle et au battement de cœur, à la simplicité organique du fait d’exister. Signals capte l’écho des souvenirs, ces détails anodins qui surgissent sans prévenir et nous ramènent à des époques que l’on croyait révolues. Daydreams est un combat intérieur, entre ambitions lumineuses et la dureté du réel, porté par une énergie brute entre folk et indie-punk. Enfin, Surrender, reprise réimaginée de Cheap Trick, devient ici un dialogue avec le passé, une lettre non adressée à ceux qui ont façonné notre histoire familiale.
Il n’y a pas d’artifice dans cet EP, juste une production instinctive, bricolée dans l’urgence et l’émotion pure. Pas de grand studio, pas d’équipe de production millimétrée : ces chansons sont nées dans un appartement à Dubaï, dans un espace où la musique se crée par nécessité. nfm enregistre sa voix sous une couverture pour atténuer la réverbération, repousse les assauts de son chat sourd qui miaule au mauvais moment. Il fait avec ce qu’il a, mais il en fait quelque chose de sincère. Il cite Bowie, les Beatles et son ami Julian Bach comme influences, mais the lost art of letting go ne cherche pas à imiter, il cherche à exister par lui-même. C’est une musique qui refuse les cases, qui flotte entre folk, indie et punk sans jamais choisir un camp, parce que la vie elle-même n’est jamais qu’un enchevêtrement de contradictions.
Il ne s’agit pas ici d’un simple premier EP. the lost art of letting go est une nécessité, un point final à quinze années de mélodies enfouies qu’il fallait enfin libérer. Il n’y a rien de surjoué, rien de forcé : chaque note, chaque parole semble avoir été arrachée à quelque chose de profond, de viscéral. C’est un album qui s’écoute dans l’intimité, seul sur une route vide ou en fixant un plafond trop familier. C’est un compagnon pour ceux qui ressentent le besoin de laisser partir quelque chose sans toujours savoir comment. Parce qu’en fin de compte, la musique est aussi faite pour ça : pour nous apprendre, encore et encore, l’art oublié de lâcher prise.
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