Sehore dévoile Pesadilla, Safari, Deja de llorar ou l’élégance dissonante d’un pop-rock sans remords
Et si le punk ne criait plus pour déranger, mais murmurait pour troubler ? Si le rock alternatif ne cherchait pas la claque, mais le vertige ? Sehore, mystérieux projet né en 2025 dans les entrailles électriques du studio Paco Loco, débarque avec un trio de morceaux aussi baroques que vitrioliques : Pesadilla, Safari et Deja de llorar. Trois pistes comme trois fissures dans la façade lisse d’une époque trop sûre d’elle.
Commençons par Pesadilla, médaille d’argent aux Global Music Awards, rien que ça. Et pourtant, elle n’a rien d’une chanson médaillée : c’est un cauchemar en trois notes, un souffle sale et sombre joué en mode locrien (vous avez bien lu), que seuls quelques fous comme Sehore osent convoquer. L’inspiration ? Bataille, Histoire de l’œil. L’ambiance ? Lynchienne, humide, nerveuse. Chaque mot suinte la fièvre. Ce morceau ne cherche pas à séduire, il veut déranger — et il réussit, magistralement.
Safari, lui, avance masqué. Sur un riff presque solaire, le morceau traîne une ironie douce-amère, un sourire narquois dans l’écho des guitares. Ça sent l’errance urbaine sous acide, le kitsch assumé, le rythme qui chaloupe sans jamais tout à fait danser. On ne sait plus si l’on écoute un disque oublié des années 70 ou une dystopie sonore de 2050. Et c’est précisément cette ambiguïté qui fait mouche.
Enfin, Deja de llorar, probablement le plus mélodique des trois, mais pas le moins critique. Un doigt levé contre la publicité invasive et son emprise émotionnelle. Ici, Sehore se fait poète grinçant, compositeur de jingles pour une époque qui vend ses tripes à coup de slogans. La mélodie, faussement douce, suit les mots comme une ombre collante. On pense à certains Blur, à du Beck au ralenti, mais toujours passé au filtre d’un surréalisme proprement ibérique.
Sehore, c’est un peu comme si les Residents avaient fusionné avec Caifanes dans un squat madrilène éclairé à la bougie. C’est baroque, savant, bancal, absurde et pourtant d’une cohérence désarmante. On ne sait pas d’où ils viennent, mais ils parlent une langue oubliée du rock, faite de soupirs dissonants, de riffs tordus, et de vérités qu’on préfère d’habitude ignorer.
Un début fracassant, radical, nécessaire.
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