Octavia respire encore. Du moins, dans la tête de Brian Michael Henry. Elle tambourine dans son cercueil, hurle sans voix sous six pieds de terre et mille tonnes d’oubli. C’est elle qui revient hanter les couplets, une revenante pas prête à s’éteindre. Avec Octavia, Brian Michael Henry exhume une histoire vraie — celle d’une femme enterrée vivante lors d’une épidémie de fièvre jaune dans le Kentucky du XIXe siècle — et en fait une ballade alternative aux contours gothiques, funèbrement dansante, résolument anachronique.
Mais Octavia n’est pas qu’un fait divers rockifié. C’est une lettre ouverte aux fantômes, un aveu d’amour post-mortem, une errance entre deux mondes. L’écriture de Brian Michael Henry, toujours aussi brillante et insolite, s’empare de cette tragédie oubliée pour en faire un manifeste émotionnel. Comme si Arcade Fire s’étaient téléportés dans un roman de Poe, ou si Nick Cave s’était pris d’affection pour une héroïne de cimetière sans plaque.
Les synthés pulsent comme un cœur qui refuse d’arrêter. La voix, grave et chaude, enveloppe la narration d’un voile épais, comme de la buée sur une vitre de corbillard. On y entend des strates, des fissures, du vent entre les pierres. On sent surtout ce besoin d’accrocher l’imaginaire à quelque chose de tangible, même s’il s’agit d’une légende régionale. Car Octavia, c’est moins une chanson qu’un rituel : un chant de résurrection pour celles qu’on a laissées dans le noir, trop vite, trop tôt.
Dans une époque où le songwriting s’uniformise, Brian Michael Henry continue de marcher de travers. Il chante l’étrange, le macabre, l’hyperréel — et le fait avec une élégance désarmante. En ressuscitant Octavia, il nous rappelle que certaines mélodies n’ont pas besoin d’un battement de cœur pour vivre éternellement.
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