Entre Björk et Donald Fagen dans le viseur, Herbie Hancock et Wayne Shorter en ligne de basse, Tomonori assemble pop, art rock, afropop, indie et textures électroniques comme on taille un vitrail émotif. Sur scène, on l’a croisé au Spectrum de Dublin Modular (Rua Red) et à Whelan’s au sein d’Akrobat ; au disque, d’early singles à Immense Dwelling, puis une collab à haut voltage avec le producteur français multi-platine YDTHXGRT. Son nouvel album, Hypernonchalant, poursuit ce monde sonore sophistiqué et coloré, intime mais cinématographique. On rembobine ses “premières fois”.
La première chanson qui t’a bouleversé ?
Difficile d’identifier l’absolue première, mais l’un de mes tout premiers chocs clairs, c’est le Siciliano de Bach. Je l’ai découvert sur une compilation de musique classique pour enfants, dans l’arrangement pour piano de Wilhelm Kempff, que j’ai ensuite appris (et… oublié, haha). C’était profond.
Le premier·ère artiste dont tu as été fan ?
J’ai eu plusieurs phases, mais un exemple fort très tôt : Puffy (Puffy AmiYumi hors du Japon). Leur album m’a révélé la notion de production — leur producteur, Tamio Okuda, a en quelque sorte “formé” mon oreille aux sons des Beatles et d’Electric Light Orchestra (ELO). Puffy m’a aussi mené vers le groupe Spitz. L’écriture de Masamune Kusano est mon livre de chevet ; ses paroles m’ont beaucoup inspiré. Observer leur ensemble m’a appris la fonction de chaque instrument — voix, guitare, basse, batterie. S’il faut choisir un album favori de cette époque : Hayabusa. Pour moi, leur sommet. J’aimerais pouvoir garder ça secret !
La première chanson que tu as écrite ?
La première avec une structure consciente et objective, vers 15 ans, sur un séquenceur MIDI auquel j’avais un accès limité. Avant, j’avais des fragments, bien sûr, mais là, c’était une “vraie” composition. Je l’ai nettoyée à la fin de l’adolescence, mais elle n’a jamais été enregistrée ou produite aux standards d’aujourd’hui. J’espère encore pouvoir lui rendre justice un jour !
Le premier concert auquel tu as assisté ?
Tout dépend de ce qu’on appelle “concert”. Un ballet, ça compte ? Sans doute Le Lac des cygnes par une troupe russe en tournée — si ma mémoire est bonne (j’avais environ cinq ans). Pour un concert chanté, je crois que c’était la tournée Hikaru no 5 d’Utada Hikaru. J’ai eu la chance d’obtenir une place.

Le premier live que tu as donné ?
Selon l’ensemble ! Si l’on parle de musique au sens large : une audition d’école où je jouais un thème de Princesse Mononoké au synthé avec d’autres enfants. Si l’on parle d’un groupe rock/pop où je chantais et jouais basse ou piano (pas un one-shot), alors vers 16 ans au lycée. Mes premières scènes par choix, vraiment.
La première fois où tu t’es dit “OK, je suis un artiste” — où, avec qui, et qu’as-tu ressenti ?
La bascule 2019–2020 a été cruciale, comme pour beaucoup. J’ai “officiellement” produit et sorti mon premier véritable album (en dehors des démos de mes années ado et début vingtaine). Ce projet marque ma prise de conscience : le passage de “devenir artiste” à “être artiste”.
La première opportunité musicale qui a changé ta vie d’artiste ?
Vers 17 ans, un concert avec le groupe que j’avais monté, joué sur le patio de mon lycée. Immense satisfaction : tout s’imbriquait. J’ai compris l’intersection entre ce que je voulais créer (influencer mes camarades, collaborer avec l’équipe technique) et ce que les autres aimaient entendre. Atteindre cet équilibre subtil — non planifié — a été un repère. Je m’y réfère souvent.
La première collaboration qui t’a secoué — et ce que ça a changé ?
La récente collaboration avec le producteur français YDTHXGRT, qui a mené à ma sortie actuelle. Gros risque : on devait tous deux sortir de nos zones de confort. J’ai beaucoup étiré mes frontières — en baissant peut-être le volume de mon ego — et ça a changé ma vision de la production et de l’arrangement.
La première critique qui t’a fait grandir — qu’as-tu changé ensuite ?
Je ne me souviens pas des mots exacts, mais une des toutes premières critiques vient d’un professeur de musique à l’école primaire : mon jeu au synthé ne l’a pas impressionné — je n’étais ni assez bon, ni assez expérimenté, ni conscient de ce que je faisais. Plus tard, critique plus marquante : un batteur du big band de mon université, à l’époque où j’étais bassiste, a pointé mon manque d’expression. J’ai beaucoup peiné au début. Déclic essentiel : j’ai réalisé que je portais cette retenue, que je n’étais pas l’entertainer “classique” comme d’autres musiciens autour de moi. Presque ironiquement, ça m’a encouragé à suivre une autre voie créative, plus en phase avec moi.
Instagram : hasgtomn
Photo Credit: Alex Del Chill
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