« Ride or Die » parle d’une voiture avec la ferveur qu’on réserve normalement aux grandes histoires d’amour : Laurie Cakes x pixel.daddy ont créé quelque chose qui flirte avec l’absurde sans jamais y tomber, et c’est précisément ça qui rend le morceau inoubliable.
Une image s’impose dès les premières secondes : quelqu’un au volant, la nuit, qui ne regarde pas la route mais la voiture elle-même. Pas la destination. La machine. Il y a quelque chose de légèrement inquiétant dans cette fixation, et « Ride or Die » le sait parfaitement. Il la cultive. Il l’exagère jusqu’au point exact où le malaise devient séduisant.
Les guitares hurlent là où on attendait des synthés. Le moteur gronde là où on attendait une intro. Et par-dessus ce chaos calculé, la voix de Laurie Cakes chuchote avec cette désinvolture particulière des gens qui savent qu’ils vont trop loin et qui choisissent d’aller encore un peu plus loin. La tension entre le murmure et le fracas ambiant crée quelque chose d’électrique qui ne ressemble à rien d’autre dans le paysage electroclash contemporain.
Ce qui me fascine dans ce morceau, c’est sa capacité à fonctionner simultanément sur deux niveaux complètement différents. En surface : un banger de club, une chanson de voiture, quelque chose qui fait monter le volume instinctivement. Juste en dessous : une satire du matérialisme exacerbé, une obsession poussée jusqu’à l’absurde, un commentaire sur ce qu’on finit par aimer à la place des choses qu’on devrait aimer. Laurie Cakes ne choisit pas entre les deux lectures. Elle les laisse coexister avec une intelligence qui ne se signale jamais elle-même.
La house vieille école ancre le morceau dans quelque chose de physiquement irrésistible. Cette beat insistante, cette basse qui revient comme une idée fixe, comme le ronronnement d’un moteur qu’on ne veut pas éteindre. pixel.daddy construit l’architecture sonore avec un sens du contraste qui donne à chaque élément son relief : le grave contre l’aigu, le bruit contre le silence, la violence contre la séduction.
Je me retrouve à le remettre sans décider de le remettre.
C’est peut-être ça, être obsédé.
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