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MERTDER allume « Carnal Riot » et la sueur queer entre en résistance

MERTDER allume « Carnal Riot » et la sueur queer entre en résistance
  • Publishedmai 6, 2026

« De « Hussy » à « Geisha », MERTDER fait de « Carnal Riot » un dancefloor insurgé : quatre titres industriels, sexuels, politiques et mutins, où le corps cesse d’être une honte pour devenir une arme. »

MERTDER ne vient pas faire danser pour décorer la nuit. Il vient salir le sol, dérégler les hanches, tendre un miroir aux hypocrites, puis sourire comme si tout cela n’était qu’un jeu. « Carnal Riot » porte bien son nom : une émeute charnelle, oui, mais pas seulement une affaire de peau. Une révolte du désir contre les systèmes qui voudraient le discipliner, du plaisir contre la honte, de l’identité contre les petites prisons sociales où l’on range encore les corps trop visibles, trop queer, trop bruyants, trop eux-mêmes.

Le projet avance depuis Londres avec des racines turques en contrechamp, et cette friction donne à la musique de MERTDER une couleur très particulière : basses sales, pulsations industrielles, textures électroniques sombres, sensualité orientale en éclats, humour obscène, douleur cachée sous le clin d’œil. On pense à la brutalité physique de The Prodigy, à une pop-sensibilité presque insolente, à Massive Attack pour la brume, à Rage Against the Machine pour la rage, à Die Antwoord pour le goût du geste provocateur. Mais « Carnal Riot » ne ressemble pas à une somme d’influences. C’est une chambre noire où tout le monde est invité à perdre son personnage.

« Hussy », lead single, ouvre l’EP comme une gifle libératrice. Le titre attaque les démons qu’on s’est soi-même collés au dos : auto-sabotage, honte, cycles mentaux, crasse intérieure. La production industrielle cogne, l’électro griffe, la synth-pop apporte des éclairs de lisibilité dans le chaos, tandis que les textures darkwave donnent au morceau une élégance de cave humide. Le jeu entre “hussy ender” et “hacienda” est brillant : couper la vieille version toxique de soi, puis trouver un refuge où quelque chose peut enfin pousser. « Hussy » n’est pas une chanson de renaissance propre ; c’est une mue avec du mascara dans les yeux et des basses dans les côtes.

« Glass » durcit le propos. Le morceau fonctionne comme une boucle de frustration politique : “I can see through you like glass” devient moins une punchline qu’une fatigue collective. MERTDER y vise cette transparence gouvernementale toujours promise, toujours mise en scène, jamais vraiment offerte. La répétition devient stratégie : le système tourne en rond, donc le morceau aussi, mais avec assez de pression pour que la boucle ressemble à une fissure.

« Whoredom » est le plus jouissif dans sa manière de mélanger provocation et lucidité. Derrière la formule “horny from a state of boredom”, il y a une attaque frontale contre la morale réactionnaire, celle qui condamne le désir en public et le consomme en secret. MERTDER retourne l’insulte, la sexualité, la pulsion et l’ennui contre les structures qui voudraient contrôler les corps. Le morceau a une énergie plus house, plus légère en surface, mais son fond est carnassier : la honte change de camp.

Enfin, « Geisha » ferme l’EP sur une idée presque sacrée : l’artiste comme serviteur du trouble, de la beauté, du lien. Le morceau transforme la performance en contrat émotionnel. Servir, ici, ne veut pas dire se soumettre ; cela veut dire offrir une part de soi, fabriquer un sanctuaire, remettre du souffle dans les corps vidés. Les images robotiques de la geisha disent l’épuisement, mais aussi la possibilité de revenir à la vie par la création.

« Carnal Riot » est sale, drôle, frontal, intelligent, profondément club et beaucoup plus sensible qu’il ne le prétend. MERTDER y réussit un tour rare : faire danser la critique sociale sans l’affadir, rendre la vulnérabilité obscène, et rappeler que parfois, la meilleure façon de survivre à la honte est de monter le son jusqu’à ce qu’elle n’ose plus parler.

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Written By
Extravafrench

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