« De “Hussy” à “Geisha”, MERTDER fait de “Carnal Riot” un dancefloor insurgé : quatre titres industriels, sexuels, politiques et mutins, prolongés par un clip de “Hussy” qui détourne les codes du film pour adultes pour mieux dynamiter la honte. »
MERTDER ne vient pas faire danser pour décorer la nuit. Il vient salir le sol, dérégler les hanches, tendre un miroir aux hypocrites, puis sourire comme si tout cela n’était qu’un jeu. « Carnal Riot » porte bien son nom : une émeute charnelle, oui, mais pas seulement une affaire de peau. Une révolte du désir contre les systèmes qui voudraient le discipliner, du plaisir contre la honte, de l’identité contre les petites prisons sociales où l’on range encore les corps trop visibles, trop queer, trop bruyants, trop eux-mêmes.
Le projet avance depuis Londres avec des racines turques en contrechamp, et cette friction donne à la musique de MERTDER une couleur très particulière : basses sales, pulsations industrielles, textures électroniques sombres, sensualité orientale en éclats, humour obscène, douleur cachée sous le clin d’œil. On pense à la brutalité physique de The Prodigy, à une pop-sensibilité presque insolente, à Massive Attack pour la brume, à Rage Against the Machine pour la rage, à Die Antwoord pour le goût du geste provocateur. Mais « Carnal Riot » ne ressemble pas à une somme d’influences. C’est une chambre noire où tout le monde est invité à perdre son personnage.
« Hussy », lead single, ouvre l’EP comme une gifle libératrice. Le titre attaque les démons qu’on s’est soi-même collés au dos : auto-sabotage, honte, cycles mentaux, crasse intérieure. La production industrielle cogne, l’électro griffe, la synth-pop apporte des éclairs de lisibilité dans le chaos, tandis que les textures darkwave donnent au morceau une élégance de cave humide. Le jeu entre “hussy ender” et “hacienda” est brillant : couper la vieille version toxique de soi, puis trouver un refuge où quelque chose peut enfin pousser. « Hussy » n’est pas une chanson de renaissance propre ; c’est une mue avec du mascara dans les yeux et des basses dans les côtes.
Et c’est précisément là que le clip prend toute sa force. MERTDER y pousse l’idée jusqu’au bout en imaginant une parodie de film pour adultes, non pas comme simple provocation esthétique, mais comme dispositif critique. Le format du porno devient ici un décor à démonter, un théâtre grotesque où l’excès, le désir, le corps et la performance sont retournés contre les mécanismes de honte qui les accompagnent. Là où l’imaginaire pornographique classique fige souvent les corps dans des rôles prévisibles, MERTDER choisit le détournement : il exagère, caricature, salit, glamourise, ridiculise et libère en même temps. Le clip de « Hussy » fonctionne alors comme une fausse cassette interdite qu’on aurait passée dans un club queer industriel à quatre heures du matin, entre satire sexuelle, cabaret mutant et confession électrique.
Ce qui aurait pu n’être qu’un gag visuel devient un prolongement direct du morceau. La vidéo comprend que « Hussy » parle moins de sexe que de contrôle : contrôle de l’image, contrôle du désir, contrôle de ce qu’on autorise ou non à exister en pleine lumière. En parodiant le film pour adultes, MERTDER ne cherche pas seulement à choquer ; il expose l’absurdité des regards qui consomment le scandale tout en condamnant celles et ceux qui l’incarnent. Le clip joue donc sur cette zone délicieuse et inconfortable où le mauvais goût devient une stratégie, où le kitsch devient une arme, où le rire ouvre une brèche politique. C’est sale, volontairement outrancier, presque théâtral, mais jamais vide : derrière la farce, il y a une vraie intelligence du malaise.
« Glass » durcit ensuite le propos. Le morceau fonctionne comme une boucle de frustration politique : “I can see through you like glass” devient moins une punchline qu’une fatigue collective. MERTDER y vise cette transparence gouvernementale toujours promise, toujours mise en scène, jamais vraiment offerte. La répétition devient stratégie : le système tourne en rond, donc le morceau aussi, mais avec assez de pression pour que la boucle ressemble à une fissure.
« Whoredom » est le plus jouissif dans sa manière de mélanger provocation et lucidité. Derrière la formule “horny from a state of boredom”, il y a une attaque frontale contre la morale réactionnaire, celle qui condamne le désir en public et le consomme en secret. MERTDER retourne l’insulte, la sexualité, la pulsion et l’ennui contre les structures qui voudraient contrôler les corps. Le morceau a une énergie plus house, plus légère en surface, mais son fond est carnassier : la honte change de camp.
Enfin, « Geisha » ferme l’EP sur une idée presque sacrée : l’artiste comme serviteur du trouble, de la beauté, du lien. Le morceau transforme la performance en contrat émotionnel. Servir, ici, ne veut pas dire se soumettre ; cela veut dire offrir une part de soi, fabriquer un sanctuaire, remettre du souffle dans les corps vidés. Les images robotiques de la geisha disent l’épuisement, mais aussi la possibilité de revenir à la vie par la création.
« Carnal Riot » est sale, drôle, frontal, intelligent, profondément club et beaucoup plus sensible qu’il ne le prétend. Avec le clip de « Hussy », MERTDER ajoute une couche essentielle à son manifeste : l’image ne vient pas illustrer le son, elle l’attaque de l’intérieur, le maquille en scandale, le pousse dans une parodie de porno pour mieux rappeler que les corps queer n’ont pas à demander pardon d’être désirants, grotesques, brillants, excessifs ou libres. Ici, la honte ne disparaît pas dans un discours sage. Elle se fait écraser par une basse, une grimace, un fantasme retourné contre lui-même, et une furieuse envie de danser jusqu’à ce que les murs deviennent complices.
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