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Voici « Home: Universes » de Tamer Sağcan ou treize portes ouvertes dans le vide

Voici « Home: Universes » de Tamer Sağcan ou treize portes ouvertes dans le vide
  • Publishedmai 6, 2026

« Tamer Sağcan signe avec « Home: Universes » un album instrumental qui ne cherche pas à conquérir le cosmos, mais à l’habiter doucement : guitare classique, néoclassique, ambient sombre, flamenco et visions mythologiques y avancent comme des constellations intimes. »

J’aime les disques qui ne font pas les gros bras devant l’infini. « Home: Universes » aurait pu tomber dans le piège du grand album cosmique, celui qui empile les cordes, les nappes et les titres astronomiques pour donner l’impression qu’il pense plus loin que nous. Tamer Sağcan choisit une autre voie : il ne lance pas une fusée, il ouvre une maison dans l’espace. Compositeur, guitariste classique et auteur turc basé à Ankara, il inscrit ce deuxième volet de sa « Home Trilogy » dans l’Eleyrrha Universe, une saga science-fiction/fantasy de dix-neuf livres, dont la musique devient une couche sensible, presque cartographique.

L’album démarre avec « Enterstellar », qui agit comme un sas : ample, cinématique, déjà tourné vers l’inconnu, mais avec cette chaleur de guitare qui empêche le morceau de se perdre dans le pur décor spatial. « Eridanus » glisse ensuite vers le néoclassique de chambre, plus fluide, presque aquatique, comme si une constellation devenait un souvenir. « Novus Astra » porte dans son titre l’idée d’une étoile neuve, et dans sa texture une lumière mesurée, sans emphase inutile. « Gravity », plus court, ramène tout au corps : la pesanteur, chez Sağcan, n’est pas une contrainte, c’est ce qui donne à la beauté sa nécessité.

« Materia Oscura » plonge dans le versant dark ambient du disque. Le vide y devient matière, pas absence. On y sent cette science du silence que les meilleurs instrumentaux possèdent : laisser l’espace parler sans l’abandonner. « Event Horizon » relance l’album dans une tension plus cinématographique, comme une ligne invisible qu’on franchit sans retour. Puis « Itinerarium » calme le vertige : moment plus lo-fi, plus chill, presque carnet de voyage, il rappelle que l’odyssée cosmique est aussi affaire de pas minuscules.

« Laniakea » élargit le plan, avec une douceur suspendue qui semble regarder les galaxies comme des archipels. « Entropy » est l’une des pièces les plus singulières : influencée par le maqâm, avec des couleurs anatoliennes et des micro-intervalles, elle introduit une étrangeté organique, une façon de rappeler que le cosmos de Sağcan n’est pas abstraitement occidental, mais traversé par des mémoires anciennes. « Ex Nihilo » revient vers le néoclassique sombre : naître de rien, oui, mais pas sans trembler.

La fin de l’album gagne en chaleur terrestre. « Vis Viva » laisse apparaître l’influence flamenco, une énergie vitale contenue dans les doigts, dans l’attaque, dans la tension du bois. « Singularity », pièce centrale annoncée comme un sommet du projet, concentre le paradoxe de l’album : être un point et contenir un monde. Enfin « Aeterna » ferme la trajectoire avec une grâce plus intemporelle, comme si le disque ne concluait pas vraiment, mais continuait de résonner dans une pièce voisine.

Ce qui rend « Home: Universes » précieux, c’est son équilibre entre l’humain et l’augmenté. Sağcan revendique une orchestration assistée par IA, mais les mélodies, les compositions et les guitares restent les siennes ; la machine agrandit le paysage, elle ne remplace pas la main. Et cela s’entend : malgré son ambition cosmologique, l’album garde une température humaine, une présence de cordes, de souffle, de doigt sur la matière.

« Home: Universes » ne demande pas qu’on s’agenouille devant sa grandeur. Il invite, doucement, à entrer. Treize morceaux comme treize objets célestes posés dans une chambre intérieure, pour celles et ceux qui cherchent un ordre dans le chaos, une paix dans le vide, une mythologie assez vaste pour contenir leurs propres silences.

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Written By
Extravafrench

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