« Dans « Sjögräs Vol. 2 », Hägerstrand poursuit son triptyque intérieur avec quatre chansons qui semblent remonter d’une mémoire nordique, entre folk cinématographique, vertige identitaire et douceur hantée. »
Écouter « Sjögräs Vol. 2 », c’est accepter d’entrer dans une maison dont on ne connaît pas la langue, mais dont chaque pièce nous reconnaît déjà. Peter Hägerstrand n’a pas besoin de traduire pour toucher : il compose comme on déterre des photographies mouillées, des silhouettes familiales, des fragments d’origine qui reviennent par vagues. Après un premier volume salué pour sa puissance évocatrice, ce deuxième chapitre prolonge le projet « Sjögräs », pensé comme une exploration de l’identité, des racines et de ce que l’on porte malgré soi, jusqu’à sa future forme scénique multimédia prévue en 2027.
Le premier titre, « Egen lägenhet », ouvre l’EP avec une mélancolie étrangement mobile. La chanson semble sourire en regardant derrière elle, portée par un balancement presque samba, une légèreté de surface qui n’efface jamais le fond plus trouble. Le titre, qui évoque l’idée d’un appartement à soi, laisse imaginer une solitude choisie ou subie, ce moment adulte où l’indépendance a le goût mêlé de liberté et de silence.
« Ett litet liv » resserre ensuite l’espace. Avec la présence vocale d’Ella Grüssner, le morceau gagne une profondeur de clair-obscur, presque théâtrale. Le texte évoque les dernières minutes d’une icône rock, mais Hägerstrand refuse l’hommage clinquant. Il préfère l’élégie discrète, le mystère, l’instant où une vie immense redevient soudain minuscule, fragile, humaine. C’est peut-être le titre le plus fantomatique du disque, celui qui marche le plus près du bord.
Puis « I lagens namn » déchire le voile. Plus frontal, plus ample, le morceau se dresse contre l’arrogance et l’absurdité qui gouvernent le monde actuel. Hägerstrand y retrouve une dimension d’hymne, mais sans perdre son étrangeté poétique. La colère n’est jamais brute : elle est mise en scène, sculptée, portée par cette écriture qui sait transformer l’indignation en paysage sonore.
Enfin, « Ring min mamma » referme l’EP sur une couleur mariachi inattendue, presque cinématographique. Appeler sa mère : geste simple, immense, dérisoire et vital. Tout « Sjögräs Vol. 2 » tient peut-être là, dans cette tension entre l’intime et le monde, l’origine et la fuite, le souvenir et la chanson. Hägerstrand signe quatre morceaux comme quatre objets retrouvés au fond de l’eau : on ne sait pas toujours d’où ils viennent, mais une fois en main, impossible de les lâcher.
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