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Martina Lupi fait de « Dannate Salvatrici » un rite de passage à ciel ouvert

Martina Lupi fait de « Dannate Salvatrici » un rite de passage à ciel ouvert
  • Publishedjuillet 13, 2026

« Une voix avance dans la nuit, recueille les ombres une à une, puis les rend à la lumière sous une autre forme. C’est celle de  Martina Lupi  sur « Dannate Salvatrici »

Certains albums se laissent écouter. D’autres demandent qu’on les traverse. « Dannate Salvatrici », premier album solo de Martina Lupi, appartient clairement à la seconde catégorie. Rien ici ne semble pensé pour l’écoute distraite. Chaque titre ouvre une chambre, déplace un symbole, convoque une présence ancienne. La compositrice italienne y invente une cartographie intime où le féminin, le mythe, la perte et la renaissance circulent comme des forces souterraines.

Après les expérimentations menées avec Tupa Ruja, Martina Lupi resserre son langage sans l’appauvrir. Le chant harmonique, les instruments ancestraux, le piano, l’électronique, le violon et les textures acoustiques construisent ce qu’elle nomme le « Sound of Distance » : un espace où ce qui paraît éloigné devient paradoxalement plus proche, plus vif, presque palpable.

L’album s’ouvre avec « Fiamma », véritable porte d’entrée dans ce cérémonial intérieur. La flamme y possède plusieurs visages : elle éclaire, consume, purifie, inquiète. Le morceau semble porter l’idée même de transmutation. Martina Lupi ne chante pas le feu comme un élément spectaculaire, mais comme une énergie qui oblige à abandonner une ancienne peau. Sa voix en suit les mouvements, tantôt contenue, tantôt expansive, tandis que l’instrumentation ménage autour d’elle un territoire à la fois sacré et instable.

« Fugadamé » introduit une tension plus physique. Son titre semble contenir une fuite, un arrachement, peut-être même l’impossibilité de rester là où l’on se trouvait encore un instant auparavant. La musique prend alors la forme d’un déplacement intérieur. Quelque chose se détache, résiste, revient. Martina Lupi y explore moins la fuite géographique que celle qui se produit en soi lorsque l’on comprend qu’un ancien refuge est devenu une prison.

Avec « My Perfect Breath », le disque suspend sa marche. Le souffle devient centre, mesure et refuge. Le titre porte une douceur plus ouverte, sans jamais tomber dans la sérénité décorative. Respirer, ici, relève presque de l’apprentissage. Après la combustion et la fuite, le corps retrouve son propre rythme. La voix laisse davantage d’espace aux silences, comme si chaque inspiration contenait une réponse que les mots ne pourraient pas formuler.

« L’attesa di un giorno » prolonge cette suspension, mais sous la forme de l’attente. Le temps y semble étiré jusqu’à devenir matière. Le jour attendu n’est peut-être pas seulement une date future : il représente la promesse d’un changement, la possibilité d’un passage, l’idée qu’une lumière finira par apparaître. Le morceau se tient dans cet entre-deux fragile où l’espoir n’est pas encore une certitude, mais refuse déjà de disparaître.

« Khorakhané » ouvre l’album vers un horizon plus collectif et mémoriel. Le titre résonne avec une profondeur nomade, comme s’il accueillait la trace de peuples, de routes et d’histoires transmises à travers les chants. Martina Lupi y laisse entendre combien son univers ne se limite jamais au strict autobiographique. La voix individuelle devient passeuse, capable de porter des récits plus anciens qu’elle. Les textures world et les inflexions rituelles prennent ici une place centrale, sans jamais réduire la chanson à un exotisme de surface.

« Realtà non è » fait vaciller les certitudes. Ce que l’on croyait réel ne l’est peut-être pas. Ce que l’on percevait comme illusion détient peut-être une part de vérité plus profonde. Le morceau travaille cette frontière mouvante entre rêve, souvenir et présence. L’écriture de Martina Lupi aime ces zones où les catégories habituelles cessent de fonctionner. Sa musique y gagne une dimension presque hallucinatoire, mais demeure toujours tenue par une grande précision vocale.

« La distanza » cristallise le concept esthétique de l’album. La distance n’y est ni un manque ni une absence simple. Elle devient un lieu en soi, un espace vibrant où le désir, la mémoire et l’attente peuvent continuer d’exister. Le piano d’Alessandro Gwis semble mesurer cet écart note après note, tandis que les textures électroniques lui donnent une profondeur presque architecturale. Martina Lupi chante depuis cet espace sans chercher à le combler. Elle en révèle la beauté douloureuse.

Avec « Pasarero », le disque retrouve une mobilité plus instinctive. Le titre évoque le passage, l’oiseau, le voyage ou la traversée. Après avoir longuement contemplé ce qui sépare, la musique recommence à circuler. Il y a dans ce morceau une sensation d’élan, mais aussi une fragilité aérienne. Rien n’indique que le mouvement mènera à une destination stable. L’essentiel réside ailleurs : dans la capacité à quitter le sol, même brièvement.

Les dernières pièces, « Flamme » et « Flama », reprennent le motif inaugural dans d’autres langues, comme si le feu devait être observé depuis plusieurs territoires pour livrer tout son sens. Ces déclinaisons ne ressemblent pas à de simples répétitions lexicales. Elles prolongent l’idée d’un symbole universel, capable de changer de timbre selon la langue qui le porte. « Flamme » semble rapprocher l’image d’une sensibilité plus charnelle et européenne, tandis que « Flama » lui donne une résonance plus chaude, plus directe, presque solaire. Ensemble, elles referment la boucle ouverte par « Fiamma ».

Le feu du début n’est donc plus tout à fait le même à la fin. Il a traversé la fuite, le souffle, l’attente, la mémoire, le doute et la distance. Il ne brûle plus seulement : il éclaire le chemin parcouru.

Soutenue par Alessandro Gwis au piano et à l’électronique, Michele Gazich au violon et Mattia Lotini à la guitare et à la basse, Martina Lupi conçoit « Dannate Salvatrici » comme une œuvre de correspondances. Les morceaux dialoguent entre eux, se répondent par motifs, par silences et par états de conscience.

Ce premier album solo ne cherche jamais à se rendre immédiatement lisible. Il préfère laisser une empreinte progressive, presque corporelle. Une musique de médecine, certes, mais sans promesse naïve de guérison. Une musique qui sait que certaines blessures ne disparaissent pas : elles changent simplement de langue.

Pour découvrir plus de nouveautés du moment, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVANOW ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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