9 o’clock Nasty taille une romance au couteau sur « 5 foot 2 »
- Publishedjuillet 27, 2026
« Chez 9 o’clock Nasty, “5 foot 2” ressemble à une déclaration d’amour écrite sur le capot brûlant d’une voiture volée, avec un orang-outan en cavale comme unique témoin fiable. »
La route est encore chaude alors que la nuit est tombée. Les cigales couvrent mal les bruits suspects, quelque chose se débat dans un sac de toile et trois silhouettes avancent avec cette assurance très particulière des gens qui ont cessé depuis longtemps de demander la permission. Bienvenue dans le monde de 9 o’clock Nasty, trio de Leicester pour qui la sortie d’un single ressemble moins à une campagne promotionnelle qu’à une scène de crime écrite par des humoristes sous caféine.
« 5 foot 2 » annonce le prochain album, « The Dirty South », et porte déjà tout ce qui rend le groupe dangereusement attachant : l’aplomb punk, les rythmiques lourdes, le goût du mauvais esprit et cette capacité à transformer une idée absurde en refrain parfaitement crédible. Le trio présente le morceau comme une chanson d’amour dotée d’un virage brutal, doublée d’une célébration de l’évasion chez l’orang-outan. Mieux vaut résister à la tentation de choisir entre les deux lectures. Chez eux, la métaphore gagne toujours à conserver quelques traces de boue sur les mains.
Le titre lui-même intrigue par sa précision presque administrative. Cinq pieds deux pouces : une taille, un signalement, peut-être le détail dont se souvient trop bien un narrateur déjà compromis. Rien dans l’univers de 9 o’clock Nasty n’autorise une lecture paisiblement romantique. La personne aimée peut devenir muse, menace, alibi ou complice de fuite en l’espace d’un couplet. L’affection y arrive rarement seule ; elle traîne derrière elle une pulsion de sabotage.
Musicalement, le groupe revendique ici un son plus relâché mais plus robuste. Cette souplesse ne signifie pas qu’il aurait rangé ses armes. Les beats conservent leur impact, les guitares leur mordant et l’écriture son tranchant. Simplement, « 5 foot 2 » paraît conçu pour laisser entrer un peu plus facilement la population civile avant de verrouiller la porte derrière elle.
Le mélange reste volontairement impur. Garage rock, hip-hop, funk, disco, punk rap et pop alternative se bousculent dans un espace trop petit pour respecter les frontières. 9 o’clock Nasty n’utilise pas ces références comme une démonstration de polyvalence. Elles apparaissent plutôt comme les pièces récupérées d’un véhicule bricolé dans un hangar, assez instable pour inquiéter mais beaucoup trop rapide pour qu’on accepte d’en descendre.
Cette façon de composer rejoint parfaitement leur sens de l’humour. Le groupe ne sépare jamais vraiment la blague de la menace. Les images grotesques font rire, puis laissent derrière elles un arrière-goût plus sombre. Le sac ensanglanté du récit promotionnel peut représenter l’industrie musicale, le sacrifice artistique, un critique particulièrement lent ou rien de tout cela. L’indécision nourrit la mythologie.
« 5 foot 2 » semble ainsi interroger le rapport entre désir et capture. Aimer quelqu’un revient-il à vouloir l’approcher, l’admirer, le garder, ou à reconnaître sa capacité à s’échapper ? L’orang-outan fugueur devient alors moins un gag gratuit qu’une figure de liberté primitive, assez intelligente pour comprendre la cage et suffisamment forte pour en tester les barreaux.
Cette lecture donne au morceau une portée presque politique sans lui retirer son insolence. La vie moderne multiplie les clôtures invisibles : normes sociales, algorithmes, identités commercialisables, impératif d’être lisible en permanence. 9 o’clock Nasty répond par le désordre, la fuite latérale et la joie presque animale de ne pas correspondre au scénario prévu.
Le groupe se proclame « aristocratie du punk » et « cauchemar de boys band brisé à l’aube de la fin des temps ». La formule pourrait relever d’une simple surenchère comique, mais elle résume assez bien son positionnement. Il connaît les codes du spectacle, du refrain fédérateur et de l’image mémorable, puis les soumet à une déformation systématique. Le boys band reste visible sous les gravats ; il a seulement remplacé les chorégraphies par un plan d’évasion.
« 5 foot 2 » garde surtout une efficacité immédiate. Toute sa bizarrerie n’aurait que peu d’intérêt sans un morceau capable de tenir debout une fois les plaisanteries retirées. 9 o’clock Nasty soigne justement ce point : le chaos possède une structure, la provocation trouve son rythme et le refrain survit très bien à l’incendie.
La chanson ouvre donc « The Dirty South » avec une promesse claire. Le trio n’a pas décidé de devenir raisonnable. Il affine simplement la trajectoire de l’explosion.
Après « 5 foot 2 », le silence paraît en effet plus lourd. Quelqu’un manque peut-être à l’appel, la cage est vide, et les trois gobelins de Leicester ont déjà disparu au bout de la route.
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