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Andrea Pizzo and The Purple Mice revient de l’autre côté sur « Come Out Lazarus 3 – I Was The Universe »

Andrea Pizzo and The Purple Mice revient de l’autre côté sur « Come Out Lazarus 3 – I Was The Universe »
  • Publishedjuillet 30, 2026

« Andrea Pizzo and The Purple Mice imagine dans “Come Out Lazarus 3 – I Was The Universe” le témoignage impossible d’un homme revenu de la mort avec, pour seul bagage, le souvenir apaisant d’avoir été le monde entier. »

Comment raconter l’infini lorsque l’on retrouve un corps, une langue et des interlocuteurs déjà certains de ne pas vous croire ? Le troisième chapitre du cycle Lazarus se construit autour de cette impossibilité. Quelqu’un revient. Pas auréolé d’une vérité spectaculaire, pas terrorisé par ce qu’il aurait vu, mais étrangement calme. Il affirme avoir cessé d’être un individu, avoir été absorbé par quelque chose de plus vaste, jusqu’à ne plus distinguer sa conscience du reste de l’univers.

« Come Out Lazarus 3 – I Was The Universe » ne traite donc pas la résurrection comme un miracle religieux au sens classique. Andrea Pizzo and The Purple Mice l’envisage comme une crise de langage et d’identité. Celui qui revient possède peut-être une connaissance absolue, mais celle-ci devient presque inutile dès qu’il tente de la réduire à des mots humains.

Installé à Gênes, le collectif construit depuis plusieurs années une œuvre conceptuelle en anglais autour de la science, de la technologie et des frontières de l’expérience humaine. Après les réflexions sur l’intelligence artificielle de « The Machine », ou les interrogations portées par « Transhumanity » et l’EP « We Are All Bots », ce nouveau titre semble déplacer la question vers un territoire plus métaphysique : que reste-t-il de l’individu lorsque sa conscience rencontre l’idée de totalité ?

Le projet revendique ici sa composition la plus immédiate et la plus lumineuse. Ce choix paraît presque paradoxal. Une expérience de mort imminente pourrait appeler la noirceur, la dissonance ou la peur. Andrea Pizzo and The Purple Mice préfère construire une clarté progressive, comme si le retour ne ramenait pas un traumatisme, mais une sérénité trop immense pour les cadres ordinaires.

Les atmosphères inspirées des Beatles donnent au morceau une qualité mélodique familière, presque rassurante. Cette douceur n’efface pourtant pas l’étrangeté du récit. Elle l’accentue. Plus la musique devient accessible, plus l’idée qu’elle transporte paraît vertigineuse : un homme vient d’éprouver la disparition de ses propres limites et tente de l’expliquer dans la forme rassurante d’une chanson pop.

Une mélancolie proche de Mike Oldfield circule sous cette lumière. Elle agit moins comme une tristesse frontale que comme la conscience d’une séparation irréversible. Revenir à la vie signifie aussi être expulsé de cette unité. Le narrateur retrouve son nom, son visage, sa mémoire individuelle, mais il sait désormais que ces éléments ne représentent peut-être qu’une forme provisoire.

Le titre « I Was The Universe » contient toute la force de cette révélation. Il ne dit pas « j’ai vu l’univers » ni même « j’ai compris l’univers ». Le verbe être supprime la distance entre le témoin et ce qu’il observe. Il n’y a plus de paysage cosmique contemplé depuis l’extérieur, mais une fusion totale : la matière, le temps, les autres consciences et le vide appartiennent au même état.

Cette affirmation peut sembler mégalomane lorsqu’elle est prononcée depuis le monde quotidien. Dans le contexte du morceau, elle exprime au contraire la disparition de l’ego. Être l’univers revient à n’être plus personne de séparé. La paix ramenée de cette expérience ne naît donc pas d’un sentiment de supériorité, mais de la découverte que l’isolement était peut-être une illusion.

Le cycle de Lazarus trouve ici son moment de retour, mais pas nécessairement sa résolution. La résurrection produit une fracture entre celui qui a vécu l’expérience et ceux qui continuent d’habiter les certitudes ordinaires. Le personnage doit désormais supporter la réduction : redevenir un être local, limité, soumis au temps, alors qu’il conserve en lui le souvenir d’une existence sans bord.

Musicalement, la montée aux accents gospel donne à cette tension une dimension collective. Le gospel porte historiquement la promesse du passage, de la délivrance et de la survie spirituelle. Andrea Pizzo and The Purple Mice reprend cette énergie sans imposer une lecture doctrinale. La progression semble élargir progressivement la voix individuelle, comme si le témoignage du revenant finissait par trouver un chœur assez vaste pour le soutenir.

La présence de Roberto Tiranti, arrangeur et multi-instrumentiste, devient décisive dans la conclusion. Son falsetto extrême, évoquant Prince, ne fonctionne pas comme un simple exercice vocal spectaculaire. Il matérialise le point où la voix paraît quitter le corps. Le son monte au-delà de la tessiture confortable, se détache de la chair et transforme l’expérience racontée en phénomène audible.

Ce choix pourrait facilement basculer dans la démonstration. Il trouve pourtant sa justification dans la dramaturgie du morceau. Pendant toute la chanson, le narrateur tente d’expliquer ce qu’il a vécu. À la fin, la parole semble reconnaître son insuffisance et se change en pur mouvement vocal. Le langage abandonne sa mission descriptive ; il ne reste qu’une vibration qui cherche à reproduire l’élévation.

La lumière de « Come Out Lazarus 3 – I Was The Universe » n’a donc rien d’innocent. Elle arrive après le seuil, après l’effacement, après cette seconde où le monde connu cesse de fonctionner. La chanson ne promet pas que la mort est douce ni qu’une vérité universelle nous attend. Elle imagine seulement la possibilité qu’au-delà de la peur se trouve une forme de continuité impossible à conserver intacte lors du retour.

Cette idée rejoint naturellement les préoccupations transhumanistes du collectif, mais en inverse la perspective. La technologie cherche souvent à dépasser les limites humaines en augmentant le corps, la mémoire ou la durée de vie. Le personnage de Lazarus découvre une autre forme de dépassement : non pas devenir plus puissant, mais cesser momentanément d’être séparé.

Andrea Pizzo and The Purple Mice trouve ainsi un équilibre remarquable entre réflexion conceptuelle et instinct pop. Le sujet pourrait produire une œuvre hermétique, lourdement philosophique. Le groupe lui donne au contraire des mélodies lumineuses, une progression émotionnelle lisible et cette générosité propre aux chansons qui savent accueillir l’auditeur avant de déranger ses certitudes.

Le troisième Lazarus revient parmi les vivants, mais il ne rapporte aucune preuve. Il possède seulement une paix suspecte, quelques mots impossibles et une note finale qui s’élève comme si le corps ne parvenait déjà plus à la retenir.

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Written By
Extravafrench

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