« “Give It Away” laisse Africaine et Nonso Amadi suspendus dans un R&B chaud, souple et profondément incarné, au cœur d’un EP où se choisir soi-même devient moins un slogan qu’un apprentissage. »
Africaine a quelque chose de très précis dans la voix : une manière de ne jamais donner l’impression qu’elle chante pour impressionner. Elle approche plutôt chaque émotion comme on toucherait une cicatrice encore sensible, avec cette retenue qui fait justement monter l’intensité. « Give It Away » arrive à un moment charnière de son premier EP, « For Me, This Time », comme une respiration après les doutes, les pertes, les mouvements de retrait. Pas une fuite. Une autre manière de relâcher la pression.
Née dans le Connecticut, d’héritage nigérian, nourrie autant par le gospel que par le R&B, la soul et des sensibilités afropop plus larges, Africaine écrit depuis une zone où plusieurs histoires culturelles coexistent sans devoir se justifier. On entend cette pluralité dans son phrasé, dans le naturel avec lequel les mélodies peuvent se faire très américaines dans leur précision R&B, puis laisser apparaître une chaleur plus panafricaine dans le mouvement et les inflexions.
« Give It Away », partagé avec Nonso Amadi, fonctionne sur cette élégance-là. Rien ne force le rapprochement. Les deux voix se rencontrent avec une vraie fluidité, comme si le morceau avait été pensé autour de leur complémentarité plutôt qu’autour de la simple addition de deux noms. Nonso Amadi apporte une douceur plus feutrée, une manière de glisser entre les espaces, tandis qu’Africaine garde cette chaleur plus enveloppante, plus charnelle.
La production reste volontairement aérée. Le groove ne cherche pas l’impact massif. Il préfère créer un espace de proximité, presque tactile, où les voix peuvent rester au premier plan. C’est précisément ce qui donne au titre sa puissance : il ne se comporte pas comme un single désespérément en quête de grand refrain, mais comme un échange qui gagne en intensité parce qu’il reste contenu.
Cette retenue correspond parfaitement au projet plus large de « For Me, This Time ». L’EP traverse huit titres pensés comme les différentes étapes d’une réappropriation de soi : « Before », « For Me, This Time », « Burn », « There For You », « Whatever », « Give Me Love », « Give It Away » et « Live Life ». Le fil rouge n’est jamais la revanche. Africaine travaille plutôt autour de la reconstruction, de la confiance retrouvée, de la capacité à faire de la place à ses propres besoins sans transformer cette affirmation en posture.
« Burn » s’attarde ainsi sur l’après d’un amour qui s’effondre, laissant cohabiter colère, tristesse et silence sans chercher à les résoudre trop vite. « Whatever » bascule davantage vers l’affirmation de soi, et refuse que l’insécurité dicte encore le récit. « Give It Away » arrive ensuite comme une étape plus souple, plus ouverte, un moment où l’on n’est plus uniquement en train de se protéger.
Cette cohérence émotionnelle se retrouve aussi dans le processus de création. Une grande partie de l’EP a été façonnée dans le home studio d’Africaine. « Whatever » l’a emmenée à Los Angeles travailler avec Rob Aragón, tandis que « Before » a d’abord été écrit et enregistré sans aucune musique, comme si la voix devait exister avant l’arrangement. Pour le morceau-titre, Africaine raconte avoir écouté la production onirique de TUC jusqu’à ce que l’histoire se révèle d’elle-même.
Ce détail dit beaucoup de son écriture. Elle ne cherche pas constamment à plaquer une idée sur une production. Elle écoute, laisse respirer, attend que la chanson lui indique sa direction. Cette patience se ressent sur « Give It Away », qui ne cherche jamais à brutaliser l’auditeur.
Le morceau possède aussi cette qualité rare : celle d’être immédiatement accessible sans devenir lisse. Il y a du désir, de la chaleur, une sensualité claire, mais jamais réduite à un simple décor séduisant. Les deux interprètes gardent une vraie densité émotionnelle derrière la douceur.
Africaine revendique des influences allant d’Alicia Keys à Jazmine Sullivan, Tiwa Savage, Amaarae ou Burna Boy, mais elle ne les porte pas comme des costumes. Ce que l’on retient surtout, c’est sa manière très personnelle de faire cohabiter vulnérabilité et assurance, douceur et contrôle, héritage et modernité.
Son parcours commence d’ailleurs à sortir largement du cadre confidentiel : plusieurs millions de streams, des classements dans de nombreux pays, une apparition dans Best New Music d’Apple Music, la couverture de Women of Afro sur Spotify, ainsi que des scènes comme SOB’s ou Irving Plaza.
Mais « Give It Away » ne sonne pas comme un morceau écrit pour célébrer une ascension.
Il sonne plutôt comme quelqu’un qui a compris qu’avancer demande parfois de desserrer les doigts.
Et dans « For Me, This Time », Africaine ne perd rien en donnant.
Elle récupère simplement la place qu’elle avait trop longtemps laissée aux autres.
Pour découvrir plus de nouveautés SOUL, RNB, JAZZY, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVARNB ci-dessous :
