x
Afro Music Now

G33ZZ ne vient pas pleurer sur « BAWL »

G33ZZ ne vient pas pleurer sur « BAWL »
  • Publishedaoût 9, 2026

« Sur “BAWL”, G33ZZ préfère le réflexe au discours : une voix qui attaque, un groove qui mord, et cette manière très jamaïcaine de rendre la tension presque jubilatoire. »

Le titre promet des larmes. La musique, elle, n’a aucune intention de s’effondrer.

« BAWL » possède au contraire une énergie nerveuse, presque provocatrice. G33ZZ avance avec ce mélange de dureté et de souplesse qui rend certaines productions jamaïcaines immédiatement reconnaissables : le beat pousse, la voix répond, et tout le morceau semble construit pour éviter la moindre mollesse.

Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont les registres se frottent.

Le dancehall apporte le rebond, le grime durcit les angles, tandis que certaines inflexions reggaeton élargissent la pulsation sans diluer l’identité du morceau. G33ZZ ne cherche pas à faire une démonstration de polyvalence. Il laisse simplement ces langages se rencontrer dans le mouvement, sans annoncer chaque changement de direction.

C’est plus efficace ainsi.

Sa voix possède une vraie autorité rythmique. Elle n’arrive pas pour décorer l’instrumental ; elle le découpe. Les attaques sont franches, les syllabes viennent parfois presque jouer le rôle d’une percussion supplémentaire, et le flow conserve cette élasticité qui évite au morceau de se raidir malgré son énergie.

G33ZZ, de son vrai nom Steven Reid, vient de Kingston. La musique n’est pas étrangère à son environnement familial : son père chantait, tandis que son frère évolue aujourd’hui comme producteur sous le label Sloné Music. Cette proximité explique peut-être une partie de son naturel, cette absence de prudence dans la manière d’habiter le rythme.

« BAWL » semble justement fonctionner grâce à cette assurance.

Pas de long détour. Pas de construction qui attend deux minutes avant de révéler son intention. Le morceau sait très vite ce qu’il veut provoquer : une réaction.

La production conserve une densité intéressante sans devenir étouffante. Le bas du spectre tient le morceau au sol, les éléments rythmiques entretiennent une agitation permanente et la voix reste suffisamment en avant pour garder toute sa personnalité. Rien n’a besoin de devenir énorme pour paraître agressif.

C’est là que le grime intervient le mieux.

Pas comme déguisement britannique plaqué sur une base dancehall, mais comme apport de sécheresse, de tension et de frontalité. Cette rugosité contraste bien avec les mouvements plus chaloupés du beat. L’ensemble possède donc deux réflexes presque opposés : cogner et rouler.

G33ZZ se trouve très à l’aise entre les deux.

Le morceau profite aussi de cette capacité jamaïcaine à faire cohabiter attitude et musicalité. Même lorsque la voix devient plus incisive, elle garde un rapport mélodique au phrasé. Même lorsque la production se fait plus dure, elle conserve une dimension corporelle.

« BAWL » ne demande pas vraiment une écoute immobile.

Il réclame des épaules, une nuque, un système son suffisamment généreux et, idéalement, personne autour pour demander de baisser.

Ce qui est intéressant, c’est que G33ZZ ne semble pas chercher à rendre sa proposition artificiellement internationale. Les influences peuvent circuler — grime, reggaeton, dancehall — mais Kingston reste le centre de gravité. La manière de poser, le rapport au rythme, l’attitude : tout revient à cette culture du son où la voix doit autant commander l’espace que raconter quelque chose.

Wavestate Entertainment accompagne ici un artiste qui semble déjà savoir exactement quel type de présence il veut installer.

Et « BAWL » porte bien son nom, finalement.

Pas parce que G33ZZ pleure.

Parce qu’il hausse suffisamment le ton pour que tout le monde l’entende.

Pour découvrir plus de nouveautés Afro, Dancehall & Shatta, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAFRO ci-dessous :

 

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture