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Lloyd Dove laisse ses « hesitations » parler à sa place

Lloyd Dove laisse ses « hesitations » parler à sa place
  • Publishedaoût 14, 2026

« Six morceaux, treize minutes à peine, et cette sensation tenace d’avoir passé un moment dans la tête de quelqu’un qui cherche encore la bonne sortie. »

Entre fuite, vertige et retour à soi

Il y a des projets qui avancent avec une thèse, d’autres avec une blessure. « hesitations » appartient clairement à la seconde catégorie. Lloyd Dove n’y cherche pas la grande démonstration : il travaille par éclats, par aveux courts, par mouvements d’humeur qui ressemblent à ces pensées qu’on formule trop tard, seul, quand le bruit extérieur commence enfin à baisser.

Rappeur, chanteur, songwriter et producteur britannique, Lloyd Dove construit son identité loin des lignes droites. Autodidacte en production, mix, mastering, instrumentation et écriture, il revendique une approche volontairement poreuse, où le rap peut glisser vers la pop mélancolique, où une texture lo-fi peut côtoyer une idée plus cinématographique, où l’introspection ne cherche pas à paraître noble. Sur « hesitations », ses influences annoncées — de Jim Legxacy à Shiloh Dynasty, de Lana Del Rey à Dave, en passant par XXXTentacion, Kanye West ou Dina Ayada — dessinent moins une liste qu’un climat : mélancolie digitale, romantisme abîmé, quête identitaire, désir de fuite.

« highs & lows – hl remix »

L’ouverture choisit déjà l’instabilité comme point de départ. Avec ROSESIA, « highs & lows – hl remix » pose cette logique d’oscillation qui traverse tout l’EP : exaltation d’un côté, chute émotionnelle de l’autre.

Le morceau fonctionne comme une entrée en matière presque programmatique. Rien n’est vraiment stable, ni l’humeur, ni la projection vers l’autre, ni la perception de soi. Lloyd Dove semble moins raconter un événement précis qu’un état nerveux, celui où tout peut basculer très vite selon un message, un souvenir, une présence ou un silence.

La production garde assez d’espace pour laisser cette fragilité respirer. L’intérêt du titre ne réside pas tant dans un énorme refrain que dans cette sensation de fluctuation permanente. C’est une bonne porte d’entrée pour l’EP, parce qu’elle annonce immédiatement son sujet central : comment avancer quand on ne sait jamais exactement dans quelle version de soi on va se réveiller.

« imagination »

« imagination » déplace la lutte vers l’intérieur. Ici, l’échappatoire n’est plus forcément physique. Elle devient mentale.

Le titre touche directement au thème de l’escapisme, très présent dans le projet. L’imagination peut être refuge, moteur, protection, mais aussi piège. À force de fantasmer une autre vie, un autre amour, un autre soi, le risque est de rendre le réel encore plus difficile à habiter.

Lloyd Dove joue bien sur cette ambiguïté. Sa manière de poser garde quelque chose de flottant, presque détaché, alors que le fond est beaucoup plus inquiet. Ce contraste fonctionne particulièrement bien : la voix semble vouloir minimiser ce que l’écriture, elle, laisse remonter.

Le morceau n’est pas le plus spectaculaire de l’EP, mais il est essentiel pour comprendre son architecture émotionnelle. « hesitations » parle beaucoup de désir de fuite, et « imagination » en est sans doute l’expression la plus pure.

« missed flights »

Le titre dit presque tout sans avoir besoin d’en faire trop.

« missed flights » peut évidemment évoquer le voyage, mais il fonctionne surtout comme une image du timing raté : les occasions manquées, les mauvais départs, les choses qu’on aurait pu attraper si l’on avait été prêt quelques minutes plus tôt.

C’est ici que Lloyd Dove devient le plus intéressant lorsqu’il résiste à l’envie de surécrire. Le sentiment de frustration suffit. Quelque chose est parti, et il ne reste plus qu’à décider si l’on attend le prochain départ ou si l’on rentre chez soi.

Le morceau épouse cette sensation d’entre-deux. Il porte une mélancolie très générationnelle, celle de ceux qui veulent tout recommencer ailleurs sans toujours savoir où « ailleurs » commence réellement.

« missed flights » n’est pas seulement une chanson sur l’absence. C’est une chanson sur le retard que l’on accumule parfois sur sa propre vie.

« runaway (interlude) »

Très court, « runaway (interlude) » agit presque comme une impulsion.

Après les hésitations et les occasions manquées, le réflexe devient simple : partir.

L’interlude ne cherche pas à développer un récit complet. Il fonctionne davantage comme un passage nerveux, un geste de transition entre la fuite rêvée et la confrontation plus intime qui arrive ensuite. Sa brièveté lui va bien. En faire plus aurait cassé ce rôle de sas.

L’idée de « runaway » revient d’ailleurs à l’un des paradoxes du projet : partir peut sauver, mais partir peut aussi éviter de regarder ce qui réclame justement d’être affronté.

« feelings ‘2 myself »

Le titre est plus fermé, plus personnel, presque défensif.

« feelings ‘2 myself » parle du réflexe de tout garder pour soi, de conserver ses émotions dans une pièce intérieure où personne ne peut les toucher. Le morceau capte bien cette tension entre besoin d’être compris et peur d’être exposé.

C’est probablement l’un des moments où la thématique de santé mentale apparaît le plus directement, sans être dramatisée. Lloyd Dove ne semble pas vouloir faire de cette vulnérabilité une identité marketing. Il la traite comme une donnée de fond, quelque chose qui influence les comportements, les relations et la manière d’interagir avec le monde.

Le morceau gagne justement à rester court. Il ressemble à une pensée interrompue avant qu’elle ne devienne trop claire.

« dnd »

La fermeture de l’EP tient en trois lettres : « dnd », comme « do not disturb ».

C’est une très bonne idée de fin.

Après avoir oscillé, rêvé, raté, fui puis gardé certaines émotions pour soi, Lloyd Dove termine sur un geste presque banal : couper les notifications, fermer la porte, rendre momentanément le monde inaccessible.

Mais « dnd » ne sonne pas uniquement comme un rejet. Il peut aussi être lu comme une tentative de reprendre le contrôle. Dans un projet traversé par la validation extérieure, l’amour, le doute et le besoin de distance, cette mise en retrait devient presque un acte de survie.

Le morceau donne ainsi à « hesitations » une conclusion cohérente : pas une résolution, plutôt une pause.

L’inachevé comme identité

« hesitations » porte bien son nom. L’EP ne donne pas l’impression d’un artiste qui aurait déjà tout compris sur lui-même. C’est précisément ce qui le rend crédible.

Lloyd Dove navigue entre amour, foi, santé mentale, croissance personnelle et escapisme sans chercher à stabiliser artificiellement ces thèmes. Ses chansons restent courtes, parfois presque fragmentaires, comme si elles documentaient des états mentaux avant qu’ils n’aient eu le temps de devenir des certitudes.

Tout n’est pas encore totalement singulier sur le plan sonore. On entend parfois très clairement les esthétiques qui l’inspirent, et certaines idées pourraient être poussées plus loin pour rendre son identité immédiatement reconnaissable. Mais il existe déjà quelque chose d’assez précis dans sa façon de mêler mélancolie, retenue et production autodidacte.

« hesitations » ne cherche pas à cacher ses zones floues. Il les garde ouvertes. Et pour un projet construit autour de la fuite, du doute et de la recherche de soi, c’est probablement la chose la plus juste à faire.

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Written By
Extravafrench

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