Jocy’s Pipe refuse de choisir une seule direction sur « Ceci n’est pas Jocy’s Pipe »
- Publishedaoût 30, 2026
« Six titres suffisent à Jocy’s Pipe pour montrer l’étendue de son terrain de jeu : “TANTO AMOR”, “Modernos Prisioneros”, “It’s all over”, “Chaoms”, “Darkalma” et “DIGGIN’ GRAVES” font circuler rock alternatif, garage, psychédélisme, blues, funk et soul dans un premier EP volontairement difficile à ranger. »
À Morelia, Jocy’s Pipe s’est construit sans manifeste de genre très strict. Gerardo Álvarez, Jack Dougherty, Alam Chompi, Karina Camargo et Ricardo Herrera viennent d’horizons suffisamment différents pour que la musique du groupe mexicain préfère les frottements aux cases bien délimitées.
Cela s’entend surtout dans la manière dont « Ceci n’est pas Jocy’s Pipe » refuse l’uniformité.
« TANTO AMOR » ouvre la tracklist avec une expression immense, presque excessive : « tant d’amour ». Jocy’s Pipe place ainsi d’entrée la dimension émotionnelle au premier plan, tout en conservant ce mélange de guitares, de section rythmique et d’éléments plus soul qui constitue l’une des particularités de sa formation. La présence de claviers et de trompette, assurés par Ricardo Herrera, élargit d’ailleurs sensiblement ce qu’un groupe d’indie rock traditionnel pourrait proposer.
« Modernos Prisioneros » apporte ensuite une autre couleur et constitue l’un des morceaux les plus représentatifs de l’identité revendiquée par le groupe. Son rock alternatif se durcit, récupère quelque chose du garage et du rock latino, tandis que son intitulé introduit une idée plus sociale : celle de prisonniers modernes, enfermés dans des structures qui n’ont plus nécessairement besoin de barreaux pour exister. Le morceau possède suffisamment d’énergie pour que cette charge ne prenne jamais la forme d’un discours figé.
Le changement de langue de « It’s all over » modifie encore la dynamique. Jocy’s Pipe passe naturellement de l’espagnol à l’anglais, comme il passe d’un vocabulaire rock à un autre. Le titre porte une idée de clôture nette, mais sa place en troisième position lui interdit justement de devenir une conclusion : quelque chose est terminé alors que le disque, lui, n’en est qu’à la moitié.
« Chaoms » est plus énigmatique. Le mot lui-même résiste à une lecture immédiate et correspond bien au versant plus psychédélique du groupe. Plutôt que tout expliquer, Jocy’s Pipe sait aussi laisser apparaître des zones moins lisibles, où l’intérêt vient du son, de la dynamique collective et d’une certaine liberté dans les arrangements.
À plus de cinq minutes, « Darkalma » est la pièce la plus longue de l’EP. Son format lui donne naturellement une place différente dans un ensemble où la plupart des titres tournent autour de quatre minutes. C’est aussi celui dont le nom semble le mieux condenser le goût de Jocy’s Pipe pour les hybridations : quelque chose de sombre, mais associé à cette « alma », cette âme qui revient implicitement vers les racines soul revendiquées par le groupe.
« DIGGIN’ GRAVES » ferme enfin le parcours avec un intitulé beaucoup plus brutal. Après l’amour, l’enfermement, la fin et les zones obscures, l’image des tombes apporte une conclusion plus terreuse, presque garage dans son imaginaire. Là encore, mieux vaut ne pas imposer au morceau un récit que le groupe ne fournit pas : ce qui compte est la façon dont cette succession de titres produit déjà une personnalité faite de contrastes.
Cette diversité s’explique aussi par les musiciens eux-mêmes.
Álvarez, guitariste, chanteur et principal compositeur, avait déjà publié sous le nom Sun Structures avant de lancer Jocy’s Pipe. Dougherty, originaire d’Irlande du Nord et installé au Mexique depuis 2019, apporte son parcours de bassiste formé notamment auprès du musicien Linley Hamilton. Chompi arrive avec son expérience de batteur au sein de Charro MX, Camargo navigue entre chant, batterie et basse, tandis que Herrera vient de la composition instrumentale, du jazz et de la musique contemporaine.
« Ceci n’est pas Jocy’s Pipe » ressemble finalement moins à une définition qu’à six arguments contradictoires sur ce que Jocy’s Pipe pourrait devenir.
Pour un premier EP, c’est une position plutôt intéressante : le groupe ne présente pas encore un son figé. Il montre les pièces avec lesquelles il compte le construire.
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