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I Plead Irony finit enfin « This Monologue Conversation », dix ans après l’avoir presque terminé

I Plead Irony finit enfin « This Monologue Conversation », dix ans après l’avoir presque terminé
  • Publishedseptembre 16, 2026

« “This Monologue Conversation” porte bien son nom : I Plead Irony y passe onze morceaux à discuter avec ses propres contradictions, entre peur, conformité, ego, auto-sabotage et cette drôle de tendance humaine à avancer avant de reculer. »

Le plus ironique n’est peut-être pas le titre.

Le troisième album d’I Plead Irony a mis près de dix ans à voir le jour. Rauf Jordan, Paul McDonald et Lawrence Arnold jouent ensemble sous différentes formes depuis le début des années 2000, et leur manière de composer n’a jamais vraiment changé : une idée arrive, le trio la démonte, la rejoue, la transforme en répétition, puis la garde seulement si elle donne encore envie d’y revenir la semaine suivante.

« This Monologue Conversation » avait pourtant failli rester bloqué à l’état d’album presque fini.

Une partie des batteries, basses et guitares est enregistrée avec Guillaume Doussaud au Swan Sound Studio en France, le reste chez Rauf. Puis viennent les détails, les overdubs, les chœurs, les ajustements interminables. La distance complique les choses, la pandémie arrive, et le groupe disparaît pratiquement pendant un temps.

Ce long intervalle finit par changer la manière d’entendre certaines chansons.

« Architect Effect » ouvre le disque avec un titre qui suggère immédiatement construction, structure, conséquence. Les informations fournies ne détaillent pas son sujet précis, donc mieux vaut ne pas lui inventer un manifeste. Mais placé à l’entrée d’un album obsédé par les cadres que l’on construit autour de soi, il introduit naturellement cette question : jusqu’où sommes-nous responsables de l’architecture dans laquelle nous finissons ensuite par nous enfermer ?

« Inside the Lines », lui, est beaucoup plus documenté.

À l’origine, Rauf Jordan l’avait écrit dans une perspective personnelle, autour des limites que les individus se créent eux-mêmes et de la manière dont ces contraintes peuvent devenir destructrices. Après la pandémie, ses mots sur la conformité, les frontières et la liberté prennent soudain une portée plus large. La chanson n’a pas changé ; le contexte, oui.

« Call in the Sun » intervient ensuite comme une respiration possible dans une première partie déjà travaillée par les restrictions et les cadres. Le titre évoque une demande de lumière, mais le dossier n’en donne pas davantage sur son récit : ici encore, l’intérêt tient surtout à la place du morceau dans une séquence où l’ombre intérieure revient constamment.

« Settle or Raise » introduit l’idée d’un choix.

Se contenter de ce qui existe ou augmenter la mise. Accepter ou pousser plus loin. Le titre correspond bien au goût d’I Plead Irony pour les formulations qui semblent simples avant de révéler une tension interne. Leur discographie entière fonctionne d’ailleurs ainsi : « This Statement Is False », « The Solution Is The Problem », puis maintenant « This Monologue Conversation ».

« Undone » resserre encore le langage.

Un mot, plusieurs directions possibles : défait, détruit, annulé, laissé incomplet. Dans le contexte d’un album lui-même resté inachevé pendant des années, la résonance est presque trop parfaite, même si le groupe n’établit pas explicitement ce parallèle.

« Nervous System » fait entrer le corps dans la conversation.

Après les contraintes mentales, les structures et les choix, voilà le système qui transmet tout : peur, réflexes, anxiété, tension. Le dossier insiste justement sur la récurrence de thèmes comme la peur, l’ego, les limitations auto-imposées et l’autodestruction, sans que le groupe fasse toujours porter la faute au monde extérieur.

« Look Out Below » choisit presque le langage de l’avertissement.

Quelque chose tombe, ou quelqu’un. L’expression garde assez d’ambiguïté pour fonctionner sans explication supplémentaire, et elle correspond bien à l’humour sec du groupe : même lorsque les sujets sont lourds, I Plead Irony refuse la posture de trois musiciens condamnés à broyer du noir dans un local de répétition.

En réalité, le groupe décrit plutôt I Plead Irony comme une sorte de club social.

Trois amis, peu d’ego, beaucoup de blagues, et une manière de jouer ensemble devenue presque instinctive après deux décennies. Ils savent quand quelque chose fonctionne, quand cela ne fonctionne pas, et surtout quand il faut arrêter d’y toucher.

« History » est probablement l’un des morceaux les plus troublants à la lumière des années écoulées.

Contrairement à certaines chansons laborieusement construites, celle-ci aurait semblé s’écrire presque toute seule. Son intérêt pour le progrès, le recul et notre rapport collectif à l’Histoire est devenu bien plus inquiétant après la pandémie, lorsque Rauf a commencé à remettre en question l’idée selon laquelle nos sociétés avanceraient naturellement vers davantage de stabilité et de civilisation.

« Mark Me Down » ramène ensuite quelque chose de plus individuel dans son intitulé : être noté, comptabilisé, marqué, enregistré quelque part. Le dossier ne précise pas sa narration, mais cette notion d’évaluation ou de trace s’intègre facilement dans un album qui revient sans cesse sur la manière dont les individus se définissent ou se laissent définir.

« Death by Internal Combustion » possède probablement le titre le plus brutal du disque.

Et surtout le plus typiquement I Plead Irony : quelque chose se consume depuis l’intérieur. Sans avoir besoin de transformer le titre en diagnostic psychologique, il suffit de le rapprocher des obsessions assumées de l’album — anxiété, ego, autodestruction — pour comprendre pourquoi il a trouvé sa place ici.

Puis « Falling Upwards » ferme le disque.

C’est la dernière chanson écrite pour l’album et la seule dont le rôle conclusif est clairement explicité par le groupe. Après tant de pensées sombres, elle introduit un déplacement vers l’espoir. Mais là encore, I Plead Irony refuse la formule héroïque : il ne s’agit pas de grimper vers le haut, de conquérir sa rédemption ou de tout remettre volontairement en ordre.

Il s’agit de tomber vers le haut.

L’image compte. Tomber ne demande aucun effort. Quelque chose d’extérieur fournit l’élévation : l’amour, la connexion, une autre personne. La direction change sans victoire spectaculaire, simplement parce que quelqu’un ou quelque chose empêche la chute de continuer vers le bas.

Le groupe a fini l’album pour une raison beaucoup moins conceptuelle.

En 2025, Paul et Lawrence poussent Rauf à arrêter de le laisser dormir. Le constat devient simple : si rien n’est fait maintenant, « This Monologue Conversation » risque de ne jamais sortir. Or les chansons sont encore bonnes. Suffisamment bonnes pour mériter d’être terminées. Guillaume Doussaud revient alors pour mixer et masteriser des prises enregistrées à des époques et dans des lieux différents, jusqu’à en faire un ensemble cohérent.

Onze morceaux ont donc survécu à la distance, aux changements de vie, à la pandémie et à la capacité impressionnante du trio à laisser un album presque fini pendant des années.

Leur troisième disque difficile n’a pas été facile à faire.

Il a simplement fini par exister.

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Written By
Extravafrench

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