The House Flies avancent au ralenti dans les gravats de « Derelict Crawl »
- Publishedseptembre 16, 2026
« “Derelict Crawl” ne cherche pas l’explosion : The House Flies préfère une progression obstinée, des guitares épaisses et ce refrain — “We don’t belong” — qui revient comme une évidence trop ancienne pour encore être discutée. »
Le rythme est presque trop stable pour être rassurant.
The House Flies construit « Derelict Crawl » sur une pulsation post-punk régulière, volontairement insistante, autour de laquelle les guitares viennent épaissir progressivement l’espace. Le morceau fait partie des titres les plus directs de « Lions and Ore », deuxième album du groupe attendu en novembre, mais cette frontalité ne signifie pas simplicité.
Le groupe travaille surtout sur la répétition.
Le refrain « We don’t belong » finit par fonctionner moins comme une phrase à comprendre que comme une idée qui s’imprime. À force de revenir, elle devient une sorte de constat collectif : exclusion, déplacement, inadéquation, ou simplement sensation d’être au mauvais endroit. Le texte ne fournit pas ici assez d’éléments pour verrouiller l’interprétation, et c’est justement ce qui permet au morceau de garder sa dureté.
Les sections plus calmes jouent un rôle important.
« Derelict Crawl » ne reste pas constamment sous pression. Le morceau descend parfois en intensité, laisse davantage d’espace, puis retrouve cette marche pesante. Ce contraste donne plus de poids aux reprises de guitares et évite que le titre repose uniquement sur sa densité.
The House Flies regarde du côté de Protomartyr, Interpol ou Joy Division, mais ne cherche pas à reproduire leurs silhouettes.
Le groupe de Moline, dans l’Illinois, mélange depuis ses premiers disques post-punk, goth rock, shoegaze, grunge et rock mélodique. Cette combinaison explique bien la texture de « Derelict Crawl » : le cadre rythmique reste sec et contrôlé, tandis que les guitares occupent un espace beaucoup plus trouble et massif.
Le morceau sert aussi d’introduction partielle à « Lions and Ore ».
Partielle seulement, car le groupe insiste sur le fait que ce premier extrait ne dévoile pas encore les passages plus lents et atmosphériques du disque. Le futur album devrait aller davantage vers les arrangements longs, les transitions plus lourdes, la répétition calme et une imagerie rurale, sans abandonner complètement l’efficacité des précédentes sorties.
Ce sera aussi le premier album enregistré par la formation actuelle au complet : Alex Riggen, Burnie Eckhardt, Ozzie Woods et Nick Pompou.
Après l’EP « Glimmer », l’album « Mannequin Deposit » et le single « Sweet Foxhound », « Derelict Crawl » donne donc moins l’impression d’un changement brutal que d’un durcissement de certains traits déjà présents.
Même son titre porte quelque chose de cette méthode.
« Derelict » évoque l’abandon, « Crawl » un déplacement lent, presque forcé. La chanson fait exactement cela : elle avance sans élégance particulière, garde son centre de gravité très bas et continue de pousser même lorsque le décor semble déjà vidé.
Le plus efficace reste cette phrase répétée.
« We don’t belong. »
The House Flies ne la transforme pas en slogan triomphant. Elle reste là, lourde, au milieu du morceau, comme si l’essentiel était moins de trouver sa place que de continuer à avancer sans elle.
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