« Six jours à Prague auront suffi : Kafka, INXS, le souvenir de la Révolution de velours, le rideau de fer et une histoire d’amour traversant les périodes difficiles se sont retrouvés dans “Velvet”, morceau que Bash Co. dit avoir écrit avec une facilité presque inhabituelle pour lui. »
Habituellement, Bash Co. passe des semaines sur une chanson.
« Velvet » lui est arrivé beaucoup plus vite.
Le musicien installé à Vila Nova de Gaia, au Portugal, était encore à Prague lorsque le morceau a commencé à prendre forme. Six jours dans la capitale tchèque, puis le sentiment très net qu’il fallait finir l’écriture avant le retour, tant l’environnement semblait participer directement au processus. Pour quelqu’un habitué à reprendre, déplacer et retravailler longuement ses compositions, cette spontanéité constitue presque l’anomalie centrale du titre.
Prague entre donc partout dans « Velvet », sans devenir une carte postale.
Bash Co. y glisse Kafka, certains monuments de la ville, le rideau de fer et la Révolution de velours de 1989. INXS plane également sur l’écriture : le groupe avait enregistré « Never Tear Us Apart » à Prague, association qui a nourri l’imaginaire du morceau.
Mais au milieu de ces références historiques et culturelles, « Velvet » reste avant tout une chanson d’amour.
Pas l’amour idéal sous une lumière parfaite. Celui qui doit continuer d’exister lorsque l’époque, les circonstances ou simplement la vie deviennent plus rugueux. Le titre prend alors une double valeur intéressante : le velours évoque la douceur, tandis que l’arrière-plan choisi par Bash Co. porte davantage de tension.
Cette dualité se glisse jusque dans l’arrangement.
La seconde partie accorde une importance particulière à la batterie. Bash Co. voulait qu’elle évoque une forme de marche, presque militaire, comme une réminiscence sonore des images de troupes, du rideau de fer et de tout l’imaginaire historique qui accompagnait son écriture. Il dit avoir longtemps cherché cette sensation précise avant d’obtenir le résultat souhaité.
Le détail est révélateur de sa façon de travailler.
« Velvet » a beau être né rapidement, sa fabrication n’a rien d’expéditif. Le morceau a été enregistré dans son home studio, espace auquel Bash Co. reste très attaché et dans lequel il construit seul une grande partie de ses chansons. Cette autonomie compte davantage pour lui que la perspective d’une carrière de scène.
Son rapport à la musique est d’ailleurs assez singulier.
Professeur dans la vie quotidienne, membre depuis plus de treize ans d’un groupe consacré à la musique portugaise, il maintient son projet personnel volontairement séparé. Bash Co. se présente d’abord comme songwriter et va jusqu’à préciser qu’il ne se considère pas comme chanteur. La création l’intéresse davantage que la position centrale sous les projecteurs.
Cette réserve explique aussi certaines expérimentations vocales. Insatisfait de sa propre voix, il a pu utiliser différents traitements et outils, y compris liés à l’IA, afin de chercher une interprétation qui corresponde davantage à ce qu’il entend intérieurement. Son investissement reste surtout dans l’écriture, le jeu, le mix et l’assemblage patient des morceaux.
Il compose en solo depuis 1999 avec une idée assez simple : éviter que tout ce travail reste enfermé dans un placard.
Une phrase de Kafka l’accompagne particulièrement, celle des cages « à la recherche d’un oiseau ». Bash Co. y voit une réflexion sur la nécessité de donner une fonction à ce que l’on porte en soi. Pour lui, publier ses chansons remplit précisément ce rôle.
« Velvet », sorti le jour de son anniversaire, en est peut-être l’expression la plus naturelle jusqu’ici.
Rarement une ville lui avait donné autant en six jours.
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