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Oscar ausculte le vertige des vingt et trente ans sur « antidepresivos »

Oscar ausculte le vertige des vingt et trente ans sur « antidepresivos »
  • Publishedoctobre 23, 2026

« Grandir ne rend pas forcément les choses plus claires. Parfois, cela signifie simplement apprendre à vivre avec davantage de questions, de bruit intérieur et cette sensation étrange que le temps accélère pendant qu’on essaie encore de comprendre ce qu’on fait là. Avec “antidepresivos”, Oscar transforme ce vertige en neuf morceaux aussi intimes que démesurés. »

Un riff bricolé à la guitare finit par devenir une ouverture presque apocalyptique. C’est une bonne porte d’entrée pour comprendre antidepresivos, album-concept qu’Oscar a entièrement écrit, enregistré, produit, mixé et masterisé entre janvier et septembre 2026. Derrière cette masse sonore volontairement dense se cache une question bien plus simple et bien plus difficile : qu’est-ce que vivre quand on commence à sentir le temps, la mort, les choix et l’étrangeté du monde peser différemment ?

Oscar résume lui-même le projet comme « un chingo de ruido coherente », une grande quantité de bruit cohérent. La formule lui va bien. L’album mélange guitares, basse, violon, batterie et piano avec traitements numériques, synthétiseurs et samples, sans chercher à recréer un passé fantasmé. Il revendique même une forme de rejet des esthétiques vintage au profit de procédés plus contemporains. Spinetta, My Chemical Romance, le J-rock, Lupe Fiasco ou encore les paysages sonores de Death Stranding 2 peuvent affleurer, mais le disque ne donne jamais l’impression de cocher des influences : il suit plutôt une logique émotionnelle, parfois brutale, parfois étrange.

« intro » pose immédiatement cette logique. Né d’un riff trouvé presque par hasard, le morceau grossit jusqu’à devenir une ouverture monumentale et menaçante. Il ne sert pas seulement d’introduction musicale : il installe l’échelle du disque. Quelque chose de trop grand arrive, comme si les pensées ordinaires de l’âge adulte prenaient soudain la taille d’une catastrophe cosmique.

« antidepresivos » resserre ensuite la focale. Le titre place d’emblée la question mentale au centre, mais sans réduire le propos à une simple confession. Oscar cherche plutôt à faire cohabiter lourdeur du fond et plaisir immédiat de la musique. C’est l’un des principes directeurs de l’album : dire des choses difficiles sans fabriquer un disque impossible à écouter.

« el tiempo y su paso » s’attaque à l’un des vrais personnages de antidepresivos : le temps. Dans un album consacré aux vingtaines et trentaines, sa présence est presque inévitable. Les années cessent progressivement d’être abstraites, les décisions paraissent plus définitives et chaque étape passée devient visible. Le morceau traite cette avancée non comme une horloge tranquille, mais comme quelque chose qui transforme celui qui la traverse.

« las delicias del no ser » prend une direction plus existentielle encore. Son titre contient déjà une contradiction fascinante : les « délices » du fait de ne pas être. Oscar y pousse la réflexion vers l’absence, le retrait et cette tentation parfois très humaine d’imaginer ce que serait la disparition du poids de l’existence. Le morceau appartient pleinement à cette honnêteté inconfortable revendiquée par l’artiste, où les pensées les plus sombres ne sont ni embellies ni transformées en posture.

« manifiesto (en todas las cosas) » agit presque comme une déclaration de principe au milieu du disque. Après le temps et le non-être, Oscar revient à une position plus active : regarder le monde, le nommer, tenter d’y trouver une cohérence. Le mot « manifiesto » suggère une prise de parole directe, mais la parenthèse « en todas las cosas » élargit immédiatement la portée. Il ne s’agit plus seulement de soi ; tout devient matière à réflexion.

« siento » ramène cette pensée vers le corps et l’émotion. Le verbe espagnol peut vouloir dire « je ressens » autant que « je suis désolé », ambiguïté particulièrement juste au sein d’un album où l’expérience humaine semble constamment osciller entre sensibilité, culpabilité et lucidité. Ici, la sensation elle-même devient presque un problème : ressentir beaucoup, comprendre parfois trop tard, continuer malgré tout.

« antidepresivos ii » reprend ensuite le motif central au lieu de le laisser derrière. Ce retour est important. Les questions du début n’ont pas été résolues par quelques morceaux intermédiaires. Elles reviennent modifiées, comme le font certaines pensées que l’on croit avoir dépassées avant de les retrouver sous une autre forme. La structure en diptyque empêche donc toute lecture trop linéaire de l’album.

« espinosa » arrive plus tard comme une pièce au nom particulièrement évocateur. Quelque chose d’épineux, de rugueux, peut-être même d’impossible à manipuler sans se blesser. Dans la progression du disque, le titre paraît concentrer cette idée que certaines expériences ne deviennent pas plus simples parce qu’on les a comprises. Elles restent difficiles, mais on apprend peut-être à mieux vivre avec leurs contours.

« sueño de vida » referme enfin l’ensemble sur une expression presque paradoxale : le rêve de vie. Après avoir interrogé le non-être, les antidépresseurs, le temps et l’étrangeté de l’existence, Oscar termine sur une formulation qui réintroduit le désir. Pas nécessairement l’optimisme facile, mais la possibilité de continuer à fabriquer quelque chose avec ce que l’on a traversé. La phrase qu’il associe à ce dernier morceau — l’idée d’une vie comme une fresque peinte avec son propre sang — condense assez brutalement la philosophie de l’album : vivre, c’est laisser une trace de soi jusque dans ce qui coûte.

La production renforce cette impression de collision permanente. Les instruments réels ne sont jamais traités comme des reliques ; ils sont tordus, transformés et placés au contact de textures synthétiques. Les prises de batterie de « intro », de l’outro de « el tiempo y su paso » et de « manifiesto (en todas las cosas) » ont été enregistrées au studio if6was9 avec Frédéric Hatchondo, tandis que l’essentiel du reste s’est construit chez Oscar. Cette proximité domestique n’empêche jamais le disque de viser large.

antidepresivos n’essaie finalement pas d’apporter une théorie définitive sur la vie adulte. Il préfère montrer son bruit : les contradictions, les pensées trop lourdes, les élans, la peur de perdre du temps et l’envie malgré tout de continuer à fabriquer quelque chose de beau avec le chaos. La dernière note ne donne pas de réponse. Elle laisse simplement Oscar devant sa fresque, encore occupé à peindre.

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Written By
Extravafrench

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