« Quinze ans passés à bricoler un instrument improbable entre tronçonneuse et guitare électrique, puis un morceau qui fait se croiser rock abrasif, électronique et silence bruitiste : Shortout Kid n’a manifestement jamais eu très envie de rentrer dans une case. “Lamb” confirme que l’étrangeté fait ici partie du cahier des charges. »
Le projet s’est construit dans l’ombre d’un petit atelier où Shortout Kid développe depuis près de quinze ans ce qu’il appelle le « razor belt », un instrument radical dont l’apparence et l’agressivité empruntent autant à la guitare électrique qu’à la tronçonneuse. Plus qu’un gadget visuel, cet objet est devenu son outil principal pour façonner une musique située quelque part entre rock féroce, micro-électronique et expérimentations bruitistes.
« Lamb » compte parmi les premiers singles annonçant son futur premier album. À ce stade, Shortout Kid ne cherche pas à présenter son univers progressivement : il en donne directement une version compacte, rugueuse et volontairement hybride. Le morceau est décrit comme une forme de « choral grit », expression qui résume assez bien sa logique : quelque chose de massif et granuleux, mais traversé par une écriture vocale suffisamment marquée pour lui donner une véritable architecture.
Les références avancées autour du titre sont particulièrement révélatrices. Depeche Mode rencontre Nirvana, Thom Yorke se retrouve face à Martin Garrix, tandis que Smashing Pumpkins et The Prodigy apparaissent dans le même paysage. L’intérêt n’est évidemment pas de retrouver chacune de ces influences au millimètre, mais de comprendre le principe : opposer frontalité rock, mélancolie alternative et mécanismes électroniques jusqu’à ce que leurs frontières deviennent difficiles à isoler.
Le refrain, qui arrive autour de 1 min 27, semble constituer le véritable point d’ancrage du morceau. Après l’accumulation de textures et cette esthétique volontairement abrasive, il apporte un moment suffisamment identifiable pour que « Lamb » ne se réduise jamais à une simple expérience sonore. Shortout Kid paraît justement chercher ce point d’équilibre délicat : maintenir l’accident et la brutalité sans sacrifier complètement l’idée de chanson.
Cette opposition entre construction artisanale et production électronique donne au projet une personnalité assez singulière. L’instrument a été développé patiemment, presque comme une pièce de mécanique, tandis que la musique qu’il produit refuse la nostalgie du rock traditionnel. L’électricité devient matière première, susceptible d’être découpée, compressée ou poussée jusqu’au bruit.
« Lamb » fonctionne ainsi comme un premier aperçu particulièrement efficace de ce futur album. Shortout Kid y présente moins une esthétique parfaitement stabilisée qu’une méthode : fabriquer ses propres outils, confronter des univers qui n’ont pas nécessairement vocation à cohabiter et conserver, au milieu de tout ce fracas, un refrain capable de survivre aux lames.
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