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Dan Webb touche au zen cosmique sur « The Self Watches Their Return »

Dan Webb touche au zen cosmique sur « The Self Watches Their Return »
  • Publishednovembre 2, 2026

« Jazz spirituel, psychédélisme downtempo et groove suspendu : avec “The Self Watches Their Return”, Dan Webb signe l’un des morceaux les plus contemplatifs de sa trajectoire. Compositeur australien installé à Singapour, il y réunit Nicole McCabe, Clive Deamer, Tim Lefebvre et Nate Werth pour refermer une boucle inspirée du Tao Te Ching avant l’arrivée de son cinquième album, Lion Dance. »

Il suffit parfois de deux accords pour construire tout un monde. Dan Webb le prouve ici avec un morceau qui refuse volontairement les structures classiques et avance presque comme une méditation en mouvement. Pas de couplet, pas de refrain, pas de pont : « The Self Watches Their Return » repose sur deux tonalités qui dialoguent du début à la fin, tandis que synthétiseurs, batterie, basse, percussions et saxophone viennent progressivement modifier la perception du même paysage.

Ce dépouillement n’a rien de minimaliste au sens pauvre du terme. Au contraire, le morceau est rempli de détails, mais chacun semble avoir été placé pour préserver l’espace. Clive Deamer, connu pour ses collaborations avec Radiohead et Portishead, maintient une tension rythmique constante sans jamais forcer le morceau vers une explosion prématurée. Tim Lefebvre, qui a joué sur Blackstar de David Bowie, donne à la basse une présence souple et précise, tandis que Nate Werth, associé notamment à Snarky Puppy et Ghost-Note, travaille les textures percussives comme des mouvements périphériques.

Au-dessus de cette architecture flotte Nicole McCabe. La saxophoniste, proche notamment de l’univers de Louis Cole, improvise sans thème imposé, laissant ses lignes chromatiques partir puis revenir, parfois presque à contre-courant du morceau avant de retrouver son centre. Cette liberté donne au titre sa dimension la plus organique. Rien ne semble totalement verrouillé, alors même que l’ensemble reste profondément maîtrisé.

Le point de départ philosophique éclaire tout le reste. Le titre vient d’une phrase de Laozi dans le Tao Te Ching : “The ten thousand things rise and fall while the Self watches their return.” Dan Webb a choisi de couper cette citation en deux morceaux consécutifs. « Things Rise and Fall » en portait la première moitié ; « The Self Watches Their Return » agit donc comme sa résolution, ou plutôt comme son retour au calme. L’idée de cycle devient essentielle : chute, retour, renaissance, observation.

Cette logique traverse aussi Lion Dance, futur album dont le morceau constitue le dernier single avant la sortie. Installé à Singapour après avoir vécu à Melbourne, Webb a laissé son déplacement géographique nourrir une réflexion plus large sur la transformation, le hasard, les nouveaux départs et la manière dont on apprend à habiter un territoire inconnu. Son écriture instrumentale semble ici moins chercher à raconter une scène précise qu’à reproduire un état intérieur.

Le morceau s’ouvre pourtant avec quelque chose de presque spectaculaire : un arpégiateur synthétique surgit sans prévenir, donnant l’impression d’ouvrir une porte. Mais cette entrée ne mène pas vers la grandiloquence. Très vite, la composition choisit la retenue. Webb décrit d’ailleurs cette pièce comme ce qu’il a fait de plus proche du spiritual jazz, tout en conservant une sensibilité rock qui empêche le morceau de devenir trop éthéré. On peut penser à certains espaces plus lents de Pink Floyd ou à une jam de Phish, mais filtrés par une conception beaucoup plus contemporaine du son.

Ce mélange est assez représentatif du parcours de Dan Webb. Depuis ses débuts en 2008, l’artiste australien basé à Singapour a circulé entre rock progressif, post-punk expérimental, electro-jazz et fusion psychédélique sans jamais réellement s’installer dans une seule case. Son précédent projet Sunshine / Dialogue avait déjà renforcé cette réputation d’artiste curieux et difficile à classer. Avec Lion Dance, il semble encore élargir ce terrain, entouré de musiciens liés à Prince, David Bowie, Radiohead, Thundercat ou les Rolling Stones.

« The Self Watches Their Return » ne cherche pourtant pas à impressionner par son casting. Le morceau fonctionne justement parce que chacun joue moins que ce qu’il pourrait. La virtuosité existe, mais elle reste au service de l’écoute collective. Même le crescendo final, porté par les cymbales, les toms de Deamer et le saxophone de McCabe, ressemble davantage à l’aboutissement naturel d’une respiration qu’à une démonstration.

Au cœur de cette musique, il y a finalement une idée très simple : regarder ce qui part, ce qui revient, et accepter que rien ne reste exactement identique entre les deux. Dan Webb en fait une pièce de jazz psychédélique calme mais jamais immobile, quelque part entre Singapour, le spiritual jazz et un rêve éveillé sous néons.

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Written By
Extravafrench

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