« Sexe, drogue, argent, ex impossibles à oublier et soleil californien qui n’arrive même plus à maquiller le manque : sur Kiss Me Extra Hard, Henry Morris raconte l’amour comme une gueule de bois dont on connaît parfaitement la cause. Le singer-songwriter de Los Angeles traverse onze chansons d’indie pop cinématographique entre soul vintage, Americana rêveuse et pop alternative, avec G-Eazy et Ella Boh parmi les invités. »
Trente-deux minutes et cinquante-sept secondes pour comprendre que tout ce qui ressemble à l’excès peut devenir parfaitement dérisoire dès qu’une personne manque vraiment. Henry Morris résume lui-même Kiss Me Extra Hard comme une collection de leçons douloureuses : ni les drogues, ni le sexe, ni l’argent ne remplacent quelques minutes de silence auprès de la femme qu’il a aimée. Toute l’architecture du disque tient dans cette contradiction. Les titres affichent volontiers les signes extérieurs d’une existence excessive, mais le véritable luxe reste obstinément inaccessible.
Le musicien de Los Angeles possède déjà un parcours qui explique cette aisance à faire cohabiter pop immédiate et arrière-plan plus trouble. Ancien membre du duo indie Playyard, collaborateur de Saint Levant notamment autour de « Jerusalem Freestyle », Morris s’est lancé en solo avant de développer une proximité créative avec Artemas. Kiss Me Extra Hard arrive après des tournées internationales et plus de cent millions de streams cumulés, mais son sujet appartient paradoxalement à quelque chose de beaucoup plus privé : le moment où la réussite extérieure devient incapable de réparer une absence.
« Drugs and Money » plante le décor sans perdre de temps. Le titre rassemble deux raccourcis classiques de la réussite et les rend immédiatement suspects. Tout ce que l’on pourrait accumuler paraît presque encombrant dès lors que l’affectif s’effondre. Morris installe ainsi un disque où l’hédonisme ne sera jamais totalement euphorique : derrière le plaisir reste constamment la sensation de chercher un substitut.
« High All The Time » pousse cette fuite en avant et accueille G-Eazy, figure parfaitement crédible dans cet environnement de nuits prolongées et de plaisirs qui commencent à ressembler à des anesthésiants. Le morceau joue sur l’ambivalence du “high”, autant état artificiellement augmenté que stratégie pour ne pas redescendre vers ce qui fait mal. Le featuring élargit le spectre pop-rap de Morris sans détourner l’album de son véritable centre : la difficulté à rester seul avec soi lorsque le bruit s’arrête.
« Crawling Back To You » abandonne ensuite une partie de la posture. Le verbe est humiliant et Morris semble le savoir : il ne revient pas fièrement, il rampe. Toute la mécanique d’une relation devenue mauvaise pour soi apparaît dans cette image, entre lucidité et incapacité à rompre définitivement l’attraction. L’album commence alors à révéler son obsession centrale : savoir qu’une histoire est terminée ne signifie absolument pas que le désir accepte l’information.
« Yayo » remet la fuite chimique au premier plan, mais sa place dans la séquence empêche d’y entendre une simple célébration. Après le retour impossible de « Crawling Back To You », l’excès apparaît davantage comme compensation que comme victoire. Cette manière de juxtaposer désir amoureux et comportement autodestructeur fait partie des meilleurs ressorts de Kiss Me Extra Hard : Morris n’a pas besoin de produire une morale, il lui suffit de montrer à quel point tout peut facilement se confondre.
« Sex with my Ex » est presque le titre-programme du disque. Désir, nostalgie et mauvaise décision tiennent en quatre mots. Morris observe l’une des manières les plus efficaces de prolonger artificiellement une histoire déjà terminée : continuer à utiliser l’intimité physique comme si elle pouvait restaurer ce que la relation a perdu. La chanson s’inscrit parfaitement dans cette pop de Los Angeles où la sensualité peut être magnifique tout en gardant quelque chose de franchement désastreux.
« One Night Stand » semble proposer le remède opposé : retirer l’histoire, ne garder qu’une nuit. Sauf que placé au milieu de cet album, le geste ressemble moins à une liberté conquise qu’à une nouvelle tentative de négociation avec le manque. Morris excelle précisément lorsqu’il laisse planer ce doute. La proximité existe, mais sa durée est contractualisée d’avance ; personne n’a besoin de promettre le lendemain. Pratique, jusqu’au moment où l’on comprend que tout le disque parle justement d’une personne dont il voudrait encore tous les lendemains.
« Rather Fight » retourne la romance vers quelque chose de plus conflictuel. Certaines relations deviennent si familières dans leur dysfonctionnement que la dispute elle-même peut finir par ressembler à une forme de proximité. Le titre capte cette étrange préférence pour le conflit plutôt que pour l’indifférence : se battre signifie au moins qu’il reste encore une connexion, même mauvaise. Morris continue ainsi d’explorer le couple après sa date de péremption, lorsque l’intensité est confondue avec la preuve que quelque chose mérite encore d’être sauvé.
Puis « West Coast Sun » fait entrer la Californie dans le cadre. Sur un album signé par un artiste de Los Angeles, ce soleil de la côte Ouest possède évidemment une valeur presque cinématographique : beauté, douceur, fantasme d’une vie que l’on regarde de l’extérieur en pensant
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
