« Somewhere Up Below The Heavens » donne au bonheur présent des proportions immenses. Marsh Davis y déploie un indie rock qui emprunte à la dream pop son art de laisser la lumière se répandre.
Ce titre me plaît parce qu’il donne de mauvaises indications. Quelque part, là-haut, en dessous du ciel. Essayez donc d’entrer ça dans un GPS. Marsh Davis situe pourtant sa chanson avec une précision affective assez rare. On connaît cet endroit, le temps d’une promenade qui devait durer dix minutes, d’un repas qu’on prolonge parce que personne n’a envie de débarrasser. Un moment parfaitement terrestre prend soudain des proportions qu’aucun des gens présents ne saurait expliquer. « Somewhere Up Below The Heavens » part de cet agrandissement.
L’Américain Marsh Davis en fait l’un des singles de « The Flowers », son EP paru chez Beformer Music. Ceux qui l’ont croisé du côté du garage rugueux de « Professional Bedwetter » trouveront ici un autre usage de l’ampleur. Le rapprochement entre indie rock et dream pop permet de travailler la profondeur du champ sonore, de conserver à la chanson un point d’appui tout en laissant ses contours se diffuser. Cette rencontre convient particulièrement à une ode à l’amour qui s’intéresse à la qualité d’un instant, à la manière dont on s’y sent soudain plus présent.
Le mixage d’ABI THE PRODUCER joue un rôle dans cette impression d’espace. Son travail sur les textures scintillantes pose une question de perspective. Le brillant peut souligner le premier plan ou attirer l’oreille vers ce qui l’entoure. Dans cette seconde fonction, il donne une profondeur à la chanson, comme une lumière qui permettrait de distinguer le fond d’une pièce jusque-là familière. La dimension épique prend alors un sens assez séduisant. Elle tient à la taille que peut acquérir une sensation quand on lui ménage de la place.
Ce qui me touche dans le projet de Davis, c’est qu’il choisit le présent, un temps dont les chansons d’amour se méfient volontiers. On sait quoi faire d’une rencontre imminente ou d’une histoire terminée. Le bonheur en cours offre moins de péripéties. Il faut savoir observer ce qui est déjà là et lui laisser assez de relief pour qu’il devienne une histoire. Le titre a beau chercher son adresse dans les hauteurs, j’y reviens pour cette idée très simple. Le ciel pouvait attendre. Quelqu’un venait de proposer qu’on fasse encore un tour du quartier.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
