Il y a des morceaux qui arrivent comme une lettre retrouvée dans la doublure d’un manteau d’hiver : un peu froissée, un peu humide, mais tellement pleine d’âme qu’on reste figé, touché en des lieux qu’on croyait éteints. Sun Don’t Shine, premier titre de Jacob Ifans, est de ceux-là. Un morceau qui n’en fait pas trop, qui ne surjoue rien, et qui pourtant vous transperce, lentement, sans prévenir.
Jacob Ifans vient de l’ouest du Pays de Galles, là où les saisons mordent encore, là où les familles portent les chansons comme d’autres portent le deuil ou la terre sur les bottes. Ce jeune auteur-compositeur, échoué quelque part entre l’Atlantique cornouaillais et les souvenirs ruraux, livre une chanson qui sent le bois humide, la solitude choisie, la mélancolie bienveillante. Il ne raconte pas le froid, il le fait entendre. Ce n’est pas que du folk rock : c’est de la mémoire sonore. Une mémoire ancrée, granuleuse, qui ne s’excuse jamais d’être un peu lente, un peu sale.
Enregistré sur l’île d’Hydra, là où les fantômes de Leonard Cohen respirent encore entre deux embruns, Sun Don’t Shine ne joue pas la carte vintage ou roots, il est juste authentique. Ça sonne comme une maquette qu’on n’a jamais voulu réenregistrer, tant elle vibrait déjà de la vérité première.
Il y a dans la voix d’Ifans cette cassure tendre des chanteurs qui ont trop vu, trop senti, et qui préfèrent murmurer plutôt que de prouver. Il parle du climat intérieur, du rapport à la lumière, de l’amour décalé qu’on porte aux choses mortes. La guitare est presque timide, la structure souple, presque absente. Mais tout est là. Chaque seconde sonne juste.
Ce titre ne cherche pas de place dans les playlists. Il cherche une place dans votre mémoire. Et il l’obtient.
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