Il faut un certain culot pour s’appeler Trash Baby, coller des beats électro-pop sur des cicatrices intimes et oser peindre le tout avec des couleurs fluos. Grichu, artiste autodidacte venue de Montréal, n’en manque pas. Ingénieure reconvertie, productrice, DJ, chanteuse, compositrice, elle s’émancipe des codes en bricolant une esthétique hybride où le dancefloor rencontre le trauma, où l’ironie cohabite avec la douleur. Son deuxième EP, Trash Baby, ne ressemble à rien de standardisé : c’est une machine de guerre bricolée, pop dans les formes mais punk dans l’intention.
Trash Baby, qui donne son titre au disque, change radicalement de registre. Ici, Grichu attaque de front les violences et traumatismes liés à l’enfance. La production, résolument digitale, oppose une ligne de basse massive à des voix râpeuses, presque abrasives. C’est un morceau qui choisit de danser au bord du gouffre, de transformer le tragique en pulsation cathartique.
Don’t Say Mickey, plus satirique, détourne l’affrontement Disney vs De Santis en parabole queer et pop sur la puissance d’assumer ses différences. Les synthés scintillent, le rythme pulse avec une ironie volontaire, comme une caricature des hymnes pop mainstream passée au papier de verre.
Enfin, Superfan relève le gant du sexisme dans l’industrie musicale. Inspiré d’une anecdote aussi absurde que sordide, le morceau est un règlement de comptes au second degré. Satire d’un système où l’image féminine prime sur le son, la chanson détourne les codes de l’hypersexualisation pour les retourner contre ceux qui en profitent. Les beats festifs, quasi-clubbing, accentuent le contraste : on danse pendant que les mots piquent.
Le dernier titre, Ma Ma, morceau en français, doux et déchirant, écrit après la perte de sa mère. Le choix de la langue maternelle n’est pas un détail : la chanson respire la sincérité brute, soutenue par des nappes électroniques à la fois fragiles et tranchantes. Une manière de rendre hommage sans mièvrerie, avec un sens de la retenue qui donne à la chanson une intensité presque physique.
Ce Trash Baby EP, à travers ces quatre titres (Ma Ma, Trash Baby, Don’t Say Mickey, Superfan), affirme une posture artistique singulière : reprendre les outils du mainstream, les codes du glamour, et les tordre jusqu’à révéler ce qu’ils cachent. L’héritage des Rita Mitsouko et de Cansei de Ser Sexy n’est pas loin, mais Grichu imprime déjà une signature reconnaissable : grunge digital, pop satirique, groove ravageur. Le bonbon a le goût du poison, et c’est précisément ce qui le rend addictif.
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