« “Dengel” avance comme une apparition mal identifiée : chez Tenuta Mocajé, le beau et l’inquiétant semblent avoir décidé de partager la même silhouette. »
On pourrait presque commencer par une porte entrouverte.
Derrière, pas vraiment de voix à suivre, pas de texte auquel s’accrocher, mais une impression persistante : quelque chose approche, sans qu’on sache encore s’il faut l’accueillir ou s’en méfier. C’est exactement le territoire de « Dengel ».
Tenuta Mocajé travaille ici sans paroles, mais certainement pas sans narration. Le morceau repose sur une ambiguïté très simple et très fertile : l’être rencontré est-il ange ou démon ? La question n’est jamais tranchée, et c’est tant mieux. Toute la composition semble se nourrir de cette impossibilité à décider.
Le traitement reste volontairement minimal. Plutôt que de remplir chaque seconde, Tenuta Mocajé ménage des respirations, laisse les textures s’installer puis évoluer par petites mutations. L’électronique atmosphérique rencontre une sensibilité néoclassique, tandis qu’une certaine noirceur venue du rock psychédélique affleure sans jamais prendre complètement le dessus.
« Dengel » fonctionne ainsi davantage comme un décor mental que comme une chanson au sens classique.
Les voix évoquées dans la présentation du morceau ne deviennent pas des personnages clairement identifiables : elles participent plutôt au trouble général, apparaissant comme des présences intégrées au sound design. Elles attirent autant qu’elles inquiètent, exactement comme cette rencontre imaginée entre amour et peur.
Le parcours de Tenuta Mocajé éclaire cette approche. Violoniste et pianiste, nourri de musique classique, de compositions pour l’image et de rock des années 70, l’artiste semble penser chaque morceau comme un lieu avant de le penser comme un format. Son propre nom désigne d’ailleurs un endroit imaginaire, proche et inaccessible à la fois, où chacun viendrait écrire son histoire.
« Dengel » pourrait très bien être l’une des pièces de cet endroit.
Il ne raconte rien de manière autoritaire. Il suggère. Il déplace légèrement les repères. Il donne juste assez d’éléments pour que l’imagination fasse le reste.
Et lorsque le morceau s’achève, le doute demeure intact.
Ange ou démon ?
Tenuta Mocajé a visiblement décidé que choisir gâcherait tout.
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