« Des bruits de Berlin captés dans la rue, des sirènes dub fabriquées maison, une basse massive et la voix fantomatique de Mary May : “LESS NOISE MORE BASS” organise chez Loud Lemons une drôle de bataille entre saturation urbaine et besoin de décrocher. »
Le paradoxe est presque trop beau : Ludovic Laviec a dû quitter le vacarme pour trouver quoi en faire.
Passé de la Normandie à Berlin avant de s’installer dans le nord de la Norvège, le producteur derrière Loud Lemons a conçu « LESS NOISE MORE BASS » après son arrivée dans un environnement nettement plus calme. Plutôt que d’effacer son ancienne vie sonore, il en a conservé des fragments. Des field recordings de la capitale allemande réapparaissent ainsi au milieu d’une production dub-house comme des restes de circulation, de machines et d’agitation coincés dans la mémoire du morceau.
Face à eux : la basse.
Pas comme simple argument de puissance, mais comme élément d’organisation. Le titre pourrait passer pour un slogan de club ; il ressemble davantage à une méthode de tri. Retirer ce qui encombre. Garder ce qui agit réellement.
La construction est née de longues improvisations d’une quinzaine de minutes que Laviec a ensuite façonnées, découpées et resserrées. Cette origine explique en partie le caractère hypnotique du morceau. On n’entend pas une succession d’idées pressées de prouver leur efficacité, mais une matière qui a eu le temps de tourner assez longtemps pour révéler ses meilleurs accidents.
Loud Lemons revendique justement ces imperfections.
Son électronique se situe quelque part entre la chaleur du dub, la profondeur de la deep house et une certaine mémoire de la French Touch. Daft Punk et Todd Terje côtoient dans ses références Robert Hood et King Tubby : deux familles que tout ne rapproche pas immédiatement, si ce n’est une compréhension très physique de la répétition et du son.
« LESS NOISE MORE BASS » est probablement intéressant à cet endroit précis. Les techniques du dub viennent creuser l’espace, tandis que la house garde l’ossature lisible. Les sirènes ont été produites directement dans la machine ; aucun sample extérieur n’a été utilisé pour construire l’instrumental.
Une exception subsiste, et elle apporte justement ce que les synthétiseurs ne pouvaient pas fournir.
Mary May apparaît par touches vocales à partir d’enregistrements réalisés environ dix ans plus tôt. Ses ad-libs traversent la production comme une mémoire étrangère au présent de la session. La voix ne prend jamais la chanson en otage ; elle introduit simplement une présence humaine dans un environnement largement synthétique.
Ce détail relie aussi le nouveau Loud Lemons à ses précédentes périodes. Son EP « Norwegian Moods », en 2015, explorait déjà ses racines house, tandis que « Dub’s On My Team » poussait plus franchement vers le dub trois ans plus tard. Le nouveau single n’effectue donc pas un retour nostalgique vers l’un ou l’autre. Il semble plutôt récupérer les deux fils après plusieurs années et vérifier s’ils peuvent encore conduire quelque part ensemble.
Ils le peuvent.
Ce qui reste à la fin n’est d’ailleurs pas le bruit de Berlin ni la tranquillité norvégienne, mais le contraste très concret entre les deux. Loud Lemons n’a pas supprimé le chaos de « LESS NOISE MORE BASS ».
Il a simplement décidé de le faire passer derrière la basse.
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