« Deux titres seulement, mais deux manières très différentes d’aborder l’intimité : “Always, Baby” et “Something Chemical” permettent à THROES NYC de faire tenir romance, obsession, nostalgie nocturne et textures électroniques dans un même EP sans jamais chercher à lisser les contradictions. »
THROES NYC est né bien avant son nom.
Michael Bozzo et Courtney Leo viennent tous les deux du Queens et font de la musique ensemble depuis l’enfance. Leur adolescence s’est déroulée au contact direct du New York des années 90 et 2000, entre CBGB’s, Roseland Ballroom et Irving Plaza. Cette mémoire-là ne revient pas sous la forme d’un revival proprement emballé. Elle agit plutôt comme une température : quelque chose de sombre, nerveux, urbain, où l’électronique peut rester froide pendant que la voix, elle, expose tout.
« The Wires Out » condense cette esthétique en six minutes cinquante.
L’EP s’ouvre avec « Always, Baby », le morceau le plus tendre des deux. Le titre assume une énergie romantique plus directe, presque désarmante, là où THROES NYC travaille habituellement beaucoup sur l’ambiguïté. Courtney Leo laisse davantage apparaître la vulnérabilité de la voix, tandis que Bozzo conserve derrière elle une production suffisamment texturée pour éviter la ballade sentimentale classique.
Cette douceur n’est donc jamais complètement confortable.
« Always, Baby » parle de proximité, de désir de continuité, mais le contexte sonore maintient une légère distance. Les textures électroniques et l’héritage trip-hop empêchent l’émotion de devenir trop lumineuse. Le morceau ressemble moins à une déclaration parfaitement sereine qu’à une promesse formulée à une heure où les certitudes commencent toujours à trembler un peu.
Puis « Something Chemical » change nettement la chimie de l’EP.
L’attraction devient plus trouble, presque physique. Là où « Always, Baby » ouvre les bras, « Something Chemical » introduit de l’obsession, de l’agitation et une part de perte de contrôle. Le titre lui-même suggère quelque chose qui dépasse la volonté : une réaction qui se produit avant même qu’on ait décidé si elle était souhaitable.
C’est ici que l’identité « altriphop » revendiquée par THROES NYC devient la plus lisible.
Le trip-hop apporte le poids et l’hypnose, l’alt-pop permet aux lignes mélodiques de rester immédiatement accessibles, tandis que les textures électroniques installent une sensation plus instable. Le duo ne cherche pas la rupture spectaculaire. Il préfère laisser une pulsation, une voix ou un détail de production devenir progressivement plus inquiétant.
L’ordre des deux morceaux est d’ailleurs particulièrement efficace.
Commencer par « Always, Baby », c’est présenter l’intimité dans ce qu’elle peut avoir de réconfortant. Terminer avec « Something Chemical », c’est rappeler qu’elle peut aussi dérégler la perception. Le romantisme et l’obsession ne sont plus deux thèmes opposés ; ils deviennent deux états possibles du même lien.
Cette dualité résume assez bien le titre de l’EP.
« The Wires Out » évoque quelque chose de mal branché, des câbles apparents, un signal qui grésille. La pochette elle-même prolonge cette impression d’installation électrique à moitié ouverte, presque dangereuse. Mais THROES NYC semble justement intéressé par ce qui passe lorsque la connexion n’est pas parfaite.
« Always, Baby » cherche quelqu’un à qui rester attaché. « Something Chemical » montre ce qui arrive lorsque cette attache commence à court-circuiter.
Deux chansons, deux intensités, et aucun besoin d’ajouter une troisième pièce pour compléter le tableau.
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