x
Music Now Pop Rock

Massimo Donelli et Paolo Rossi font d’« Adorati Spiriti » un récit de transmission en 9 chapitres

Massimo Donelli et Paolo Rossi font d’« Adorati Spiriti » un récit de transmission en 9 chapitres
  • Publishedseptembre 28, 2026

« Un vieil homme nommé Chayton, un jeune Tokala et neuf morceaux pour organiser le passage entre ce qui fut transmis et ce qui risque de disparaître : “Adorati Spiriti” avance comme un récit musical où prog, jazz-fusion et world music deviennent les différents langages d’une même conversation. »

Chayton sait que son temps se réduit.

C’est autour de cette urgence que Massimo Donelli et Paolo Rossi construisent « Adorati Spiriti ». Dans leur récit, cet ancien Cheyenne approche de la fin de sa vie et choisit Tokala, un jeune homme de sa communauté absorbé par un monde profondément différent du sien, pour lui transmettre ce qu’il juge essentiel. Pas un manuel du passé, ni une invitation à remonter le temps : plutôt une tentative de sauver quelques principes avant que la distance entre les générations ne les rende inaudibles.

Le dispositif donne au disque une vraie continuité dramatique.

« Nelle orme il canto », longue ouverture de 5 min 28, installe immédiatement cette idée de traces. La musique de Massimo Donelli préfère les développements amples aux formats pressés : les influences progressives, jazz et cinématographiques disposent de suffisamment d’espace pour installer le décor avant que le récit ne commence réellement à avancer. Cette première pièce agit comme une entrée dans la mémoire, encore diffuse, avant que Chayton ne précise ce qu’il veut transmettre.

« Il cerchio che unisce » resserre le propos.

Le cercle devient ici l’une des images structurantes de l’album : celle d’une continuité, d’une communauté et d’une transmission qui suppose que les générations restent reliées. Musicalement, le morceau se montre plus compact que l’ouverture. Il remplit une fonction presque architecturale : après les premières traces, il faut désormais comprendre ce qui les relie.

« Ovunque » redonne de l’amplitude au disque avec ses 5 min 11.

Sa position permet au récit de quitter momentanément le dialogue entre deux personnages pour évoquer quelque chose de plus diffus : la persistance d’un héritage dans les lieux, les souvenirs et les gestes. Donelli et Rossi aiment étirer leurs compositions suffisamment longtemps pour que plusieurs couleurs puissent cohabiter. Leur musique navigue ainsi entre rock progressif, fusion et arrangements à coloration world sans chercher l’uniformité.

« Danza su danza » introduit une dimension plus rythmique.

Le titre suggère déjà la répétition, la transmission par le mouvement, quelque chose qui passe d’un corps à l’autre avant même de devenir discours. Après trois plages très narratives dans leur fonction, ce quatrième chapitre apporte une énergie différente. La danse devient une manière de conserver une mémoire autrement que par les mots.

« Mitena (nata sotto la Luna nuova) » occupe ensuite près de cinq minutes et ouvre une parenthèse plus intime.

L’apparition d’un nom propre change immédiatement la perspective. Jusqu’ici, « Adorati Spiriti » travaillait surtout sur des notions collectives ; « Mitena » rapproche le récit d’une figure individuelle. Le sous-titre, « née sous la nouvelle lune », accentue cette dimension presque mythologique sans que le morceau perde sa fonction humaine : rappeler qu’une tradition n’existe jamais seulement sous forme d’idées, mais à travers des personnes auxquelles on attache des histoires.

« Splendore » arrive ensuite comme une éclaircie.

À ce stade du disque, le rapport entre ancien et moderne pourrait facilement devenir mélancolique. Donelli et Rossi choisissent plutôt d’introduire une notion de beauté, presque de révélation. La transmission de Chayton n’est donc pas présentée uniquement comme le sauvetage d’un monde condamné ; elle porte aussi quelque chose qui peut continuer à produire du sens dans le présent.

Le morceau-titre « Adorati Spiriti » est étonnamment le plus court de l’ensemble avec 3 min 24.

Ce choix lui convient bien. Après plusieurs compositions dépassant les cinq minutes, cette pièce centrale évite l’emphase. Le titre rassemble pourtant toute la dimension spirituelle du projet : ces « esprits adorés » auxquels renvoie l’album sont moins traités comme une démonstration ésotérique que comme la présence symbolique de ceux qui ont précédé.

« Il Tramite », à 5 min 15, clarifie alors la fonction de Chayton.

Il est le passeur.

L’un des aspects les plus intéressants du concept tient à cette manière d’envisager la transmission : l’ancien ne demande pas au jeune de reproduire son existence. Il essaie de lui remettre quelque chose dont Tokala devra ensuite décider quoi faire. « Il Tramite » devient ainsi le chapitre le plus directement lié à l’idée d’héritage, mais aussi à sa fragilité. Une valeur transmise n’est jamais garantie de survivre intacte.

Puis « Now Go » change de langue et clôt le parcours.

Ce passage à l’anglais suffit déjà à créer une rupture. Après huit titres italiens, l’injonction est immédiatement compréhensible : maintenant, va. Le disque cesse de retenir Tokala auprès de son maître. La transmission ne vaut que si celui qui reçoit finit par partir avec ce qu’il a compris, plutôt que de rester prisonnier de celui qui lui a enseigné.

Cette conclusion permet aussi de mieux comprendre la démarche de Donelli et Rossi eux-mêmes.

Les deux Italiens ont joué ensemble lorsqu’ils étaient jeunes avant que leurs trajectoires professionnelles, dans le journalisme et la politique, ne les éloignent de cette pratique commune. Plusieurs décennies plus tard, ils retrouvent cette ancienne complicité : Massimo Donelli compose les musiques, Paolo Rossi écrit les textes et participe à la coproduction. Leur propre histoire de retrouvailles ajoute une résonance assez naturelle à un album obsédé par ce que le temps conserve ou disperse.

Leur méthode combine également plusieurs époques de fabrication musicale.

Les compositions et les textes sont originaux, puis certaines étapes de traitement passent par des plateformes utilisant l’intelligence artificielle. Chaque morceau est ensuite repris dans un DAW afin d’ajuster le résultat au matériau initial. L’IA intervient donc dans la transformation sonore et la production, plutôt que dans l’écriture du concept ou des compositions.

« Adorati Spiriti » fonctionne surtout parce que son récit possède une destination.

Les neuf titres ne constituent pas simplement une collection autour d’un même thème : ils organisent une relation, depuis les premières traces jusqu’au moment où Tokala doit avancer seul. Le dernier morceau ne referme pas vraiment l’histoire de Chayton. Il retire simplement sa main de l’épaule du jeune homme.

Pour découvrir plus de nouveautés du moment, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVANOW ci-dessous :

 

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture