La trap de « VOICES » avance au pas d’une batterie de parade, tandis que DCoop et Cisko Disco donnent au refrain le poids d’une nécessité collective.
Une batterie de parade dans une rue qu’on imagine presque vide. C’est le plan que « VOICES » me met en tête. La cadence évoque des gens qui avancent ensemble, mais l’atmosphère, sombre et tendue, laisse planer un doute sur ce qui les attend au bout de la rue. DCoop exploite cette contradiction avec Cisko Disco. Leur trap possède l’allure d’une marche dont personne n’a vraiment choisi l’itinéraire. Il faut continuer, trouver de quoi vivre, essayer encore de décider où l’on va.
Le choix d’une cadence de drumline donne sa force à cette image. La batterie imprime une direction au morceau par la régularité de ses appuis. On peut y entendre une forme de discipline, cette manière de tenir le pas quand l’environnement pousse à se disperser. Le refrain travaille autrement la même idée. À force de revenir, il donne une dimension collective à la pression que le rappeur examine de plus près. Sa répétition ressemble à celle des nécessités matérielles. On peut prendre une décision, changer d’objectif, vouloir s’en sortir. Le lendemain, il faut encore manger.
J’aime que le mot « voix » reste au pluriel. Le récit de survie pourrait facilement se refermer sur le destin d’un individu et sur ce qu’il lui faut d’obstination pour avancer. « VOICES » garde les autres dans le champ. La rue y a ses propres urgences, et l’envie de s’élever se mesure à ce qu’on emporte avec soi. C’est là que le versant introspectif du morceau rejoint son écriture de rue. La réflexion part d’un besoin concret et conserve son inconfort.
Formé d’abord au saxophone et à la guitare acoustique, puis à l’enregistrement et à la production, DCoop aborde le hip-hop avec l’oreille de quelqu’un qui a occupé plusieurs places dans la musique. Il a aussi longtemps joué des reprises dans un club où il travaillait au bar, avant de défendre ses propres compositions sur scène. « VOICES » paraît sous la bannière de The VEC, le label indépendant et collectif qu’il a fondé. Ce parcours donne un relief particulier à son goût pour les formes collectives. Faire revenir un refrain jusqu’à ce qu’il semble pouvoir appartenir à toute une salle, c’est aussi une manière de composer avec des gens en tête.
L’image qui reste est celle de cette marche dont on ignore l’issue. La batterie sait où tombera le prochain temps. Les personnages du morceau, eux, avancent avec beaucoup moins de garanties.
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