« Badman Riddim » ramène Eli Brown à ses premières raves de Bristol, là où la drum & bass lui a appris ce qu’une basse pouvait faire à une salle entière.
133 BPM. C’est la vitesse de la version longue de « Badman Riddim », et probablement le chiffre le plus intéressant pour entrer dans le morceau. Car lorsqu’Eli Brown en raconte la genèse, il revient à la drum & bass de ses premières nuits à Bristol. À cette cadence, le producteur anglais dispose d’un autre terrain de jeu. L’espace entre les temps s’élargit, la voix peut peser davantage sur chaque mesure et la pression des graves peut s’installer dans la durée. On comprend ce que ce retour aux sources a de personnel. Brown reprend une sensation de jeunesse et lui donne l’allure de sa musique d’aujourd’hui.
Le mot riddim oriente l’attention vers ce qui circule entre la voix et le rythme. « Badman Riddim », crédité à Eli Brown, IRAH et Ezra Joshua Bryant, se prête à cette lecture. La voix y fait partie du problème rythmique. Une syllabe peut renforcer un temps ou déplacer l’accent là où le corps attendait autre chose. C’est une des raisons pour lesquelles le rapprochement entre tech house et techno de pointe prend du relief ici. La première cultive le jeu des appuis. La seconde sait prolonger la tension jusqu’à ce que toute la salle attende la même chose. Le phrasé vocal donne à cette mécanique un point de fixation humain.
On se figure assez bien le souvenir à l’origine du morceau. Au milieu d’une rave, on serait bien en peine de dire à quel instant précis on a commencé à danser comme les gens autour. On se rappelle surtout que, quelques secondes plus tôt, on avait encore conscience d’être venu seul ou d’avoir perdu ses amis. Brown situe à Bristol le début de son rapport à cette énergie collective. Que le titre figure sur « Panic Attack » donne à ce souvenir une résonance particulière. Le même emballement physique peut se vivre comme une menace ou comme un plaisir, selon l’endroit où l’on se trouve et la confiance qu’on accorde à ce qui vient.
Paru chez Insomniac Records, « Badman Riddim » existe aussi en version longue, un peu plus de cinq minutes à l’usage des DJ. Cette durée change la destination du morceau. Elle permet de faire durer la rencontre avec le disque précédent, de retarder le moment où la salle comprend que quelque chose a changé sous ses pieds. On peut raconter les premières raves d’Eli Brown en remontant sa discographie. On peut aussi commencer par là, au milieu d’un mix, lorsque le morceau est déjà entré et que personne n’a vu le DJ le faire venir.
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