« SOJU AGAIN » a le charme des soirées qui se prolongent sans qu’on ait besoin de se concerter : JVLY y rapproche l’intimité de la soul et le plaisir de se laisser reprendre par le groove.
La première tournée appartient à la soirée. La suivante appartient à ceux qui ont décidé de rester. Ce petit basculement me paraît tout entier contenu dans « SOJU AGAIN », à commencer par son dernier mot. Again. Encore un verre, éventuellement. Encore un tour de piste, plus sûrement, si l’on prend au sérieux le choix du nu-disco. Le titre de JVLY saisit cette drôle de façon qu’a le plaisir de suspendre une décision. On comptait partir, puis la perspective de refaire exactement la même chose pendant quelques minutes est devenue la meilleure idée du monde.
JVLY est le projet de Kayle Butler, chanteur, auteur-compositeur et producteur australien. Son goût pour un R&B feutré le rapproche de The Internet, tandis que LEISURE et NEIL FRANCES donnent d’autres points de repère pour comprendre son rapport à la danse. Ce qui relie ces affinités, c’est une idée de la proximité. On peut s’adresser à quelqu’un presque à mi-voix et inscrire cette adresse dans une musique qui a vocation à circuler dans toute la pièce. Le passage au nu-disco rend ce jeu d’échelles particulièrement séduisant.
Le funk et la house, qui traversent « SUNDERLUXE », ont chacun leur manière de faire durer le plaisir. Le premier joue sur le placement des accents, sur la petite surprise qu’on peut glisser à l’intérieur d’une mesure familière. La seconde sait faire de la répétition une forme de patience. Cette parenté donne au projet de Butler une direction plus précise que la seule nostalgie disco. La danse y trouve sa place dans le prolongement d’une écriture soul, à l’endroit où l’on peut garder une sensation pour soi tout en partageant le mouvement avec les autres.
« SUNDERLUXE » reprend l’univers de l’EP « SUNDER » sur douze pistes, entre nouvelles compositions, versions alternatives et collaborations retravaillées. J’aime que « SOJU AGAIN » y arrive avec ce mot qui semble résumer le geste de l’album à sa manière. Revenir à une idée change parfois la façon dont on l’habite. Une version différente suffit à déplacer l’attention. Une seconde tournée aussi. La table est la même, les visages aussi, mais on commence enfin à parler de ce pour quoi on avait envie de rester.
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