« Brian Williams » donne à la trap texane de Levi Cartier un sens aigu de l’avertissement, entre les 808 de Ziggy Made It et un piano qui laisse le danger en suspens.
On imagine la scène avant de connaître les personnages. Quelqu’un pose une question de trop, et celui qui lui fait face prend une seconde pour décider s’il va répondre. Cette seconde contient déjà le sujet de « Brian Williams ». Levi Cartier y rappe sur le respect, la loyauté et la manie qu’ont les gens de vouloir savoir ce qui les regarde à peine. Dallas donne à cette trap du Sud américain son ancrage. Le morceau en tire une idée de la réputation très concrète, celle d’un crédit qu’on entretient auprès des siens et qu’un seul geste peut dilapider.
Ziggy Made It donne à cet avertissement une mise en scène assez fine. Son piano installe l’inquiétude sur le plan mélodique, tandis que les 808 lui donnent une masse. Les deux peuvent agir à des vitesses différentes. Une note de piano suffit à faire pressentir une mauvaise nouvelle. Le grave, lui, lui donne le temps de peser. Ce partage des rôles me plaît davantage que la puissance brute de la production. Le piano introduit une part d’incertitude dans un morceau dont le rappeur, en apparence, a déjà réglé toutes les questions.
Cartier mise sur l’attaque et la répartie. Ses punchlines donnent à cette agressivité des points de chute précis, pendant que le refrain ramène chaque détour à la même consigne de discrétion. Le paradoxe est assez drôle. On retient surtout du morceau son invitation à se mêler de ses affaires. La formule est faite pour circuler, pour être reprise par des gens à qui, si l’on suit sa logique, le rappeur ne doit aucune explication. L’efficacité de l’accroche tient à cette petite insolence.
L’ambition et la loyauté prennent alors des directions moins compatibles qu’on pourrait le croire. La première suppose de se faire remarquer. La seconde oblige à choisir devant qui parler, et jusqu’où. « Brian Williams » tient cette contradiction dans le rapport entre le débit de Cartier et le décor de Ziggy Made It. La voix occupe le premier plan avec aplomb. Derrière elle, le piano garde son air de savoir quelque chose. C’est lui, finalement, qui donne le moins envie d’insister.
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