Au cœur de « Trouble », « Flaws » donne à la néo-soul de Louis Baker la chaleur d’un endroit où l’on peut enfin cesser de se tenir sur ses gardes.
Le mot « Flaws » me fait penser aux photographies qu’on garde alors qu’on y a mauvaise mine. La lumière tombe mal, le sourire arrive trop tard et, pour une fois, on se reconnaît. Louis Baker réserve une place à cette reconnaissance un peu inconfortable sur son deuxième album, « Trouble ». L’auteur-compositeur, producteur et multi-instrumentiste d’Aotearoa, en Nouvelle-Zélande, inscrit « Flaws » parmi les chansons où la vulnérabilité s’accompagne d’une possibilité de renouveau. Ce qui me touche dans cette idée, c’est qu’elle permet d’envisager un avenir à la personne qu’on est déjà, défauts compris.
Baker a écrit, produit et arrangé « Trouble » dans son studio de Titahi Bay, près de Wellington. La palette du disque donne du relief à cette façon de se regarder. Le Wurlitzer permet d’épaissir une harmonie sans lui enlever sa souplesse. Les cordes peuvent prolonger une émotion au-delà d’une phrase, tandis que la guitare et les grooves retenus la ramènent à une allure plus quotidienne. Cette répartition des rôles éclaire le rapport de Baker à la soul rétro. La chaleur analogique a une fonction d’arrangement. Elle ménage autour du chant un espace dans lequel une voix expressive peut garder ses nuances, jusque dans les moments où l’émotion demande moins de puissance que de durée.
Le voisinage des chansons compte aussi. « Late Night » porte le regard vers le coût humain de la guerre et du déracinement. « Mighty Tree » revient sur la disparition d’un ami. « Night Dance » retrouve le plaisir immédiat du disco-soul. Au milieu de ces changements d’échelle, « Flaws » et « Moonrise » réservent une place à ce qu’on peut encore espérer de soi. J’aime que cette confiance reste modeste. Elle paraît à la mesure d’un album qui passe d’une inquiétude collective à un chagrin singulier et sait combien une soirée à danser peut compter entre les deux.
« Trouble » se referme sur « Never Give You Up (Pt.1) », une collaboration avec Jordan Rakei dont la fin demeure en suspens. Cette absence de résolution donne rétrospectivement à « Flaws » une place qui me plaît. On pourrait attendre d’une chanson sur l’acceptation de soi qu’elle débouche sur une grande réconciliation. Baker laisse plutôt l’impression d’un geste ordinaire. On regarde encore une fois la photo. Cette fois, on la garde.
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