Une guitare acoustique a traversé les frontières avec Raph Mayer. Sur « CN Tower », le musicien né à Porto Alegre et établi à Toronto donne à cette histoire de départ l’aplomb d’un hymne rock.
La guitare acoustique était le seul instrument que Raph Mayer pouvait emporter au Canada. Elle est devenue son outil d’écriture. J’aime rapprocher ce détail de « CN Tower », un morceau qui emprunte son nom à l’édifice le plus difficile à faire entrer dans une valise. Entre l’objet qu’on peut transporter soi-même et le monument qui fixe une ville à l’horizon, le changement d’échelle raconte déjà quelque chose du projet. Né et élevé à Porto Alegre, au Brésil, Mayer considère Toronto comme le lieu où son identité musicale a pris forme. Il lui emprunte sa silhouette la plus reconnaissable pour un titre qui affiche des ambitions de grande salle.
La rencontre du hard rock, de la pop et du punk donne à cette ambition une mécanique intéressante. Le hard rock prête au morceau son goût de l’impact, le punk celui du geste direct. La pop pose une autre exigence. Pour qu’une chanson puisse devenir un hymne, il faut une idée qu’on puisse emporter en sortant de la salle. Le versant glam ajoute à cette équation le plaisir de se montrer, d’accorder à une émotion un peu plus de place qu’elle n’en réclamerait dans la vie courante. Quel meilleur titre, au fond, pour un musicien qui tient à ce qu’on ose se présenter tel qu’on est ?
Ce qui m’intéresse chez Mayer, c’est que ce goût des grandes proportions parte d’un instrument aussi ordinaire. Écrire à la guitare acoustique oblige à éprouver la chanson à l’échelle d’une voix et de quelques accords. Le groupe peut ensuite agrandir le geste, lui donner une assise et du répondant. Mayer revendique aussi un attachement aux imperfections. Cette disposition convient à « CN Tower ». Un hymne de ville gagne à laisser deviner les gens qui le jouent, jusque dans leur envie d’en faire un peu trop.
On reconnaît parfois qu’on commence à habiter une ville au moment où l’on cesse de photographier son monument le plus célèbre. On l’aperçoit entre deux immeubles et l’on sait, sans y penser, de quel côté rentrer. Raph Mayer en fait le nom d’un morceau. La tour appartient à Toronto. La façon de la regarder, elle, porte encore quelque chose du garçon arrivé de Porto Alegre avec sa guitare.
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