Le deuxième couplet de « Patterns » change la personne à qui Quincy Jamal demande des comptes. Son rap prend alors le risque de regarder en face ce qu’on gagne à s’occuper des problèmes des autres.
On pourrait arrêter « Patterns » après le premier couplet et repartir avec une version des faits assez confortable. Quelqu’un a trahi la confiance de Quincy Jamal. Les signes étaient là, le rappeur les avait reconnus, et l’histoire a quand même repris son cours. Puis vient le deuxième couplet. Celui qui dressait l’inventaire des avertissements se demande ce qu’il faisait, lui, à courir au secours de tout le monde. La réponse est peu flatteuse. Tant qu’il avait quelqu’un à sauver, ses propres problèmes pouvaient attendre.
C’est cette bascule qui me retient. Quincy Jamal laisse d’abord l’auditeur s’installer dans le récit de la trahison, puis change la question en cours de route. On voulait savoir pourquoi les autres avaient agi ainsi. On se retrouve à examiner la petite satisfaction qu’on éprouve parfois à se rendre indispensable. Ça peut donner une excellente raison de rappeler quelqu’un, de lui trouver des excuses ou de repousser la limite qu’on s’était juré de poser. Le titre prend alors un sens plus précis. Un schéma se répète aussi parce qu’il nous fournit un rôle qu’on sait jouer.
Né à La Nouvelle-Orléans, Quincy Jamal Mather a passé l’essentiel de son enfance à Atlanta avant de déménager à Orlando. Il écrit ses premières rimes à quatorze ans. Sur « Patterns », son goût du récit personnel se lit dans la construction des couplets. Le second oblige à réentendre le premier. Un détail qu’on avait pris pour une preuve de générosité peut soudain ressembler à une façon de remettre sa propre vie à plus tard. Ce travail de relecture donne du relief au voisinage entre rap introspectif et R&B alternatif. Le récit a de quoi avancer, et l’émotion peut rester un peu en arrière, le temps qu’on comprenne ce qui vient de se déplacer.
La foi et l’intuition traversent cette tentative de reprendre confiance en son jugement. J’aime que Quincy Jamal laisse subsister le plus embarrassant dans cette affaire. On peut reconnaître un scénario jusque dans ses moindres détails et encore avoir envie d’y répondre comme avant. Le morceau me ramène à l’instant où le téléphone sonne et où, pour une fois, on se demande ce qu’on allait faire de sa soirée avant que quelqu’un ait besoin de nous.
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