« COME BACK SOON » trouve son trouble dans un mot de courtoisie. Sous la formule de départ, Six Trip laisse affleurer l’envie très peu raisonnable de revoir quelqu’un.
Les gens disent parfois « reviens vite » en ayant déjà commencé à débarrasser. C’est une politesse de fin de soirée, prononcée debout, tandis que l’autre cherche encore ses clés. Mais dites-le une seconde trop tard, après que la porte s’est refermée, et la formule change de nature. Six Trip choisit ces trois mots pour titre et les écrit en capitales. « COME BACK SOON » agrandit ainsi un vœu qu’on aurait pu laisser se perdre dans l’escalier. On peut lire dans cet écart toute la différence entre la désinvolture qu’on affiche et l’importance qu’on accorde réellement à un départ.
Publié chez False Perception, le single s’inscrit dans une pop indépendante aux contours alternatifs. Ce qui me plaît dans cette économie, c’est le parti pris d’une adresse immédiatement compréhensible. Trois mots usuels suffisent à ouvrir une scène et à lui donner un hors-champ. Qui est parti ? Depuis quand ? Le titre laisse ces questions à l’auditeur. Il fournit en revanche un détail d’une précision cruelle, ce soon qui donne une échéance au désir sans fixer de rendez-vous. Bientôt, c’est assez proche pour commencer à attendre et suffisamment vague pour avoir tort tous les jours.
Cette ambiguïté dit quelque chose du pouvoir de l’accroche pop. Une formule courte revient facilement à l’esprit, et chaque retour lui rend un peu de l’émotion qu’on croyait avoir dissipée. On repense à la façon dont on aurait pu dire la même chose, plus franchement, ou quelques minutes plus tôt. C’est une forme de répétition assez différente de celle d’un slogan. La phrase reste familière et, pourtant, son poids varie selon l’heure à laquelle elle nous revient.
J’aime aussi que Six Trip laisse le destinataire hors du cadre. On peut y mettre un amour, un ami de passage, quelqu’un dont on a sous-estimé l’importance parce qu’il avait l’habitude de revenir. La chanson trouve ainsi sa place dans le temps qui suit une présence, quand l’appartement reprend son volume ordinaire et que le bruit de la rue redevient audible. On pose enfin les verres dans l’évier. Au moindre pas sur le palier, on tend encore l’oreille.
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