« “EYES OPEN” avance sur un beat grime secoué par des voix féminines samplées et une chaleur soul-jazz inattendue, pendant que JackOutTheBox et RLJAH gardent le rap tendu, nerveux, mais jamais monochrome. »
Le morceau démarre comme une rue encore humide après minuit : béton, tension, basses qui cognent, puis soudain cette voix féminine qui flotte au-dessus du décor et change tout. Elle ne vient pas adoucir « EYES OPEN ». Elle lui donne de la profondeur. Un peu de velours dans une production qui, sans elle, pourrait rester volontairement dure. Un éclat de soul presque fantomatique, quelques inflexions jazz dans l’air, et le morceau trouve immédiatement sa personnalité.
JackOutTheBox et RLJAH ne jouent pas ici la carte du rap britannique uniforme. L’ossature reste grime, compacte, très directe dans son impact, mais la production refuse le tout-béton. Les samples vocaux féminins viennent troubler la lecture, introduire une forme de nostalgie ou de sensualité là où l’on attendrait davantage de froideur. C’est précisément ce contraste qui fait respirer le titre.
« EYES OPEN » garde pourtant les nerfs tendus. Les flows avancent avec une énergie presque instinctive, sans chercher à surcharger chaque mesure. Le duo laisse suffisamment d’espace au beat pour exister comme un personnage à part entière. Les silences, les boucles vocales et les respirations participent autant au morceau que les paroles elles-mêmes.
RLJAH, encore au début de son parcours, arrive avec des influences revendiquées qui vont de XXXTentacion à Mac Miller en passant par Lil Peep. Mais « EYES OPEN » n’est pas franchement emo rap au sens attendu. On retrouve plutôt chez lui cette envie d’exposer une certaine fragilité sans abandonner l’impact du rap. La voix reste ancrée dans le morceau, parfois frontale, parfois plus souple, tandis que la production évite de tout dramatiser.
Le plus intéressant reste cette manière de faire cohabiter deux températures. Le grime apporte la dureté, le mouvement et l’instinct. La soul et le jazz apparaissent en filigrane, presque comme des souvenirs passés dans le sampler. Aucun des deux univers ne prend complètement le dessus. Le morceau vit dans leur frottement.
C’est là que JackOutTheBox et RLJAH gagnent en singularité. Là où beaucoup de productions grime cherchent l’efficacité brute, « EYES OPEN » préfère ajouter un trouble. Une voix féminine revient, disparaît, réapparaît derrière les percussions, comme une trace d’un autre morceau, d’une autre époque, d’un autre monde musical. Le résultat donne au beat une texture beaucoup plus organique et moins prévisible.
Après « CRY ME A RIVER », ce deuxième morceau confirme aussi que le duo cherche à installer une vraie couleur avant la sortie de leur EP. Les deux titres devraient d’ailleurs y figurer, dessinant peu à peu une ligne commune faite de rap anglais, de production nerveuse et de détails plus mélodiques qui évitent la répétition.
« EYES OPEN » n’a pas besoin d’en faire trop pour accrocher. Tout repose sur cette combinaison simple mais efficace : une base grime solide, un rap précis, des samples féminins qui apportent du relief et ce petit parfum soul-jazz qui vient casser la rigidité sans affaiblir le morceau.
Le titre porte bien son nom. Il ne cherche pas à assommer. Il garde l’attention éveillée, justement parce qu’il sait changer subtilement de lumière sans changer de cap.
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