« Badman » donne à Junoflo le beau rôle et le mauvais à la fois. Il entre en scène en super-vilain, sur une production dont il a lui-même réglé la force de frappe.
Le meilleur méchant d’un film est souvent celui dont on guette le retour alors qu’on est censé souhaiter sa disparition. Junoflo mise sur cette faiblesse. Après une période de retrait et d’expérimentation, le rappeur coréano-américain revient avec un personnage assez sûr de son entrée pour s’appeler « Badman ». Le clin d’œil à Michael Jackson tient dans ce mot qui retourne une accusation en compliment. On peut y lire une fanfaronnade. On peut aussi y entendre le plaisir, plus rare, d’un artiste qui revient en choisissant lui-même la façon dont on va le regarder.
Junoflo a grandi à Los Angeles, s’est fait connaître en Corée du Sud et a repris le chemin de la Californie en indépendant. Son rap s’est nourri du hip-hop jazz autant que des inflexions mélodiques de la côte Ouest. Sur « Badman », il privilégie l’impact d’une production trap qu’il signe lui-même. Ce double rôle change la façon d’aborder le morceau. Le rappeur peut faire de son débit une démonstration d’aplomb, tandis que le producteur lui donne un cadre assez massif pour que cet aplomb ait quelque chose à affronter. C’est dans ce rapport de force qu’on reconnaît le personnage. Sa manière d’occuper le premier plan compte autant que ce qu’il y raconte.
On pourrait attendre d’un retour après une longue parenthèse qu’il livre des explications. Junoflo choisit la théâtralité, et ça lui va bien. Le super-vilain lui permet de grossir le trait, de faire de l’assurance un geste de scène. Le morceau a cette ambition d’hymne qui rend le paradoxe assez savoureux. Plus le personnage soigne sa réputation de mauvais garçon, plus on a envie de prendre son parti. Le clin d’œil à Jackson trouve là sa portée. Être bad, c’est aussi savoir tenir une salle qui, une seconde plus tôt, avait prévu de rester raisonnable.
Au générique, on réalise que le type auquel on a donné le mauvais rôle avait aussi la main sur la bande-son. Il avait donc, depuis le début, une assez bonne idée de qui on allait applaudir.
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